Le Führer au supplice (jpg)
- Benoît Heimermann, Les Champions d'Hitler, Éditions Stock, 2014.(Extraits - PDF - 8p.)
Jean-Marie Brohm, Jeux Olympiques à Berlin, Éditions Complexe, 1983. (Extraits - PDF - 10 p.)
Jean-Marie Brohm dénonce la part de responsabilité du CIO dans la consolidation du nazisme et dans l'éclatante flambée de prestige dont le régime nazi a bénéficier au terme de ces jeux. L'auteur défend la thèse - très discutable - que si les membres du CIO avaient pris la décision de ne pas accorder les Jeux à Berlin, le cours de l'Histoire en eût été changé et la guerre évitée. C'est un raccourci sommaire et biaisé, et l'historien n'a pas à faire de la politique-fiction. Quand bien même le monde eût pris plus rapidement conscience du danger que le régime nazi représentait pour la paix et qui allait plongé le monde dans une guerre effroyable, les objectifs de conquête formulés par Hitler dans Mein Kampf seraient restés les mêmes. Quant aux sort des Juifs en Allemagne, Jeux ou pas Jeux, je doute que le sort des Juifs en Allemagne en ait été fondamentalement changé et la politique à leur égard assouplie. Qu'on se soit réellement préoccupé de leur sort. Je tiens à rappeler toute les difficultés que les Juifs allemands ont éprouvé pour trouver une terre d'accueil en Europe ou ailleurs, freinés dans leur élan par une politique de quota restrictive et un climat d'antisémitisme généralisé.
Ces réserves mises à part, Jean-Marie Brohm met parfaitement au jour les mécanismes de propagande orchestrés par le régime nazi dans l'organisation des Olympiades.
- Jacques Benoist-Méchin, À l'épreuve du temps, Tome 1, 1905-1940, Éditions Julliard. (Extraits - PDF - 19 p.)
Quel singulier personnage ce Jacques Benoist-Méchin et surtout, quelle œuvre incroyable il a laissé !
Condamné à mort au sortir de la guerre en 1947, il ne doit son salut et la vie qu'à Vincent Auriol qui commua sa peine en travaux forcés à perpétuité. Parmi ses œuvres marquantes, citons une encyclopédique Histoire de l'armée allemande où pointe la fascination de l'auteur pour la puissance de l'Allemagne. 60 jours qui ébranlèrent le monde qui offre un récit chronologique des événements qui ont mené à la débâcle française. Et bien sûr, sa monumentale autobiographie en trois volumes.
Comme beaucoup d'intellectuels de son époque, Jacques Benoist-Méchin eut le privilège de voyager en Allemagne pendant les Jeux et d'assister aux épreuves sportives, ainsi qu'aux réceptions officielles. Dans un chapitre consacré aux Jeux de Berlin, il nous fait le récit pittoresque de ses pérégrinations en terre nazie. Une curiosité littéraire qui ne manque ni de style, ni d'élégance.
J'ai scanné le chapitre que l'auteur consacre aux J.O, ainsi que l'indispensable préface de son biographe, Éric Roussel, qui nous présente, dans ses grandes lignes, la vie et l'œuvre de cet écrivain pour le moins atypique.
- Jérôme Prieur, Regarder et ne pas voir. Louis Gillet, un témoin au cœur des années sombres, Éditions du Seuil, 2024.(Extraits - PDF - 15 p.)
- Berlin Les Jeux de 36. Jérôme Prieur. Éditions la Bibliothèque, 2024. (Extraits - PDF - 18 p.)
- Leni Riefenstahl, Mémoires, Édition Grasset & Fasquelle, 1997.(Extraits - PDF - 20 p.)
- André François-Poncet, Souvenirs d'une ambassade à Berlin 1931-1938, Éditions Perrin, 2016. (Extraits - PDF - 7 p.)
- Paul Valayer, La Guerre qui rôde, Hachette, 1937.
Le Feu d'Olympie. (Extraits - PDF - 10 p.)
- Denis de Rougemont, Journal d'une époque 1926-1946, Éditions Gallimard, 1968.
Le livre rassemble l'ensemble des journaux que Denis de Rougemont a tenu pendant 20 ans. On trouvera le Journal d'un intellectuel au chômage, Journal des deux mondes et bien sûr, Journal d'Allemagne que j'ai entièrement scanné. (PDF - 30 p.)

Publié en 1938, Journal d'Allemagne (1935-1936) est un condensé d'impressions, de réflexions, de conversations que l'écrivain suisse Denis de Rougemont a régulièrement rapportées de ses séjours en Allemagne hitlérienne. Fort de ses expériences, l'auteur est intimement convaincu que la montée du nazisme s'apparente à un phénomène proprement religieux. La mystique national-socialiste, avec son goût pour les cérémonies et les grands rassemblements, a réussi à reconstruire la communauté allemande autour d'un sentiment sacré, à la souder autour de son Führer, qui est venu « réveiller » son peuple pour lui assigner une mission providentielle.
L'un des passages qui m'a le plus frappé est une conversation édifiante que l'écrivain a eue avec un S.A. Entre ce militant nazi de la première heure et Denis de Rougemont se noue une discussion posée, où chacun affirme, expose, développe sa propre conception du monde. Et autant dire qu'un gouffre les sépare ! Denis de Rougemont met au jour les motivations du jeune S.A, n'a de cesse de l'interroger pour mieux faire surgir le socle à partir duquel le nazisme s'est formé. Il le questionne avec l'envie et l'espoir naïf de le ramener dans le droit chemin. Mais les divergences sont si profondes qu'elles sont irrémédiables. Les velléités guerrières et expansives du nazisme ont pris le dessus. L'endoctrinement est déjà consommé. L'idéologie du jeune S.A est une idéologie du combat, faite d'héroïsme, de chants guerriers et d'excitation physique. Véhiculée par une propagande outrancière, elle est solidement ancrée dans la société allemande, si bien implantée dans les esprits qu'on la trouve formulée sous forme de slogans pour des œuvres caritatives. Ainsi, l'efficacité du « Secours d'hiver » destiné aux plus démunis, est-elle jaugée à travers le prisme d'un combat, d'un corps à corps acharné. « La lutte contre la faim et le froid est notre guerre », peut-on lire sur des banderoles publicitaires. Oui, nul doute que l'obsession de la guerre est omniprésente, et que, face à l'État totalitaire qu'est devenue l'Allemagne, il n'est pas sûr que les démocraties trouvent la force de lui résister.
Vidéos :
- Jesse Owens (American Experience), de Laurence Grant, 2012 (TVrip - 53mn - TS). Une immersion dans la vie mouvementée de Jesse Owens et l'Amérique des années 30.
- Les Jeux d'Hitler - Berlin 1936 de Jérôme Prieur (2016 - 90mn - HDTV)
- Berlin 1936 de Daniel Kontur - (2016 - 44 mn - TVrip)
- Race, 2016, Stephen Hopkins :
(Blu-Ray Remux VOSTFR,VF)
Inutile d'être féru d’histoire pour apprécier cette grosse production réalisée par Stephen Hopkins et sortie en France en 2016 sous le titre La Couleur de la victoire. Elle est d'une belle facture et a le mérite de nous offrir un agréable divertissement. Le film n’est pas un biopic de Jesse Owens à proprement parler, car il se focalise uniquement sur les J.O de Berlin de 1936 et les deux années précédant leur avènement. Avec en toile de fond la campagne de boycott qui a mis la société américaine en ébullition. Fallait-il participer aux J.O et cautionner le régime nazi ouvertement raciste et antisémite ? La campagne battait son plein à l'été 1935. Du fait de sa couleur et de sa renommée, Jesse Owens s'est trouvé au cœur des débats, sollicité, pressé par des exigences communautaristes bien éloignées de ses aspirations sportives. Ce tiraillement, le film en restitue parfaitement l'intensité.
En tant que Afro-Américain, Jesse Owens pouvait servir de porte-voix aux partisans du boycott, et infléchir la décision finale. Éternel dilemme, qui souvent asservit le sport à des enjeux politiques. Mais peut-on demander aux athlètes de porter le poids d'une telle responsabilité ? Certaines voix n'ont pas manqué de dénoncer l'hypocrisie de ceux qui s'inquiètent et s'émeuvent du sort réservé aux Afro-Américains en terres nazies, alors qu'aux États-Unis, ils ne sont pas considérés comme des citoyens à part entière et qu'on continue inlassablement de lyncher des Noirs sans sourciller ? Comment la démocratie américaine peut-elle donner des leçons de morale, elle qui a fait de la ségrégation raciale le fondement de ses institutions ?
Jesse Owens, pour qui un athlète ne fait pas de politique et qui attend la venue de ces Jeux comme l'accomplissement de toute une vie, a peut-être offert la meilleure des réponses en allant combattre et gagner sur les terres nazies. Il a, à lui tout seul, réduit à néant le mythe de la suprématie aryenne, que les idéologues et dignitaires nazis clamaient à tout bout de champ. La finale du 100 mètres reste le point d’orgue de sa (trop courte) carrière sportive qui fut stoppée net au lendemain des J.O. Le quadruple médaillé d'or de Berlin fut, en effet, sanctionné pour avoir refusé de respecter à leur terme des courses d’exhibitions à travers l’Europe, organisées dans des conditions déplorables. Elles avaient surtout pour but de se servir du prestige des athlètes pour renflouer les caisses de l’AAU (l’Amateur Athletic Union). Jesse Owens, éreinté, jeta l’éponge et fut immédiatement et définitivement banni du monde de l'athlétisme. Radié à vie par l’inflexible et sectaire Avery Brundage, président du comité olympique américain.
Le film retrace à grands traits les événements marquants du sprinter américain. Il revient notamment sur cette folle journée du 25 mai 1935, où Jesse Owens s'adjuge, en 45 minutes seulement, cinq records du monde aux Championnats universitaires américains d'Ann Arbor ! !
Quant aux Jeux eux-mêmes, ils constituent, à mon sens, la partie la plus réussie du film. Stephen Hopkins a parfaitement reconstitué l'effervescence et la folle ambiance de ces Jeux. Quand Jesse Owens entre pour la première fois dans l'Olympia-Stadion, sur lequel plane l'ombre du titanesque Hindenburg, fleuron de l'aéronautique allemande, on est saisi par le gigantisme des lieux, pris de vertige par cette foule vibrante et respirant comme un seul homme, dardant sur la piste ses cent mille paires d'yeux enflammés.
Le film bénéficie d'une jolie distribution.
Aidé par de vrais sprinters, Stephan James a reçu un entraînement spécial pour affiner sa technique de course et approcher au plus près le style de Jesse Owens. Le résultat est bluffant.
Quant à Jeremy Irons, il tire manifestement son épingle du jeu en campant un Avery Brundage bien plus progressiste qu’il ne l’a été en réalité. Antisémite notoire, le président du comité olympique américain n’a jamais porté les Juifs dans son cœur. Mais lors de sa visite de courtoisie en Allemagne en 1934, Avery Brundage apparaît dans le film de Stephen Hopkins comme un personnage éminemment sympathique, défendant et épousant la cause des Juifs dans le but de faire plier le régime nazi aux prérogatives morales de la charte olympique. On a du mal à croire qu’il ait pu se soucier du sort des Juifs en Allemagne, et qu'il ait imposé ses conditions à Goebbels afin d'obtenir de lui la promesse que les athlètes juifs allemands participeraient effectivement aux Jeux, en laissant entendre que si ce n'était pas le cas, les États-Unis boycotteraient les Jeux. Autant dire qu'on est loin de la réalité historique...
L'Histoire retiendra surtout que, pour ne pas froisser Hitler, il prit la décision de retirer au dernier moment de la finale du relais 4 x 100 mètres les deux athlètes juifs américains, pourtant sélectionnés. (Blu-Ray Remux)
Kermite.
Petite Bibliographie :
- Fabrice Abgrall et François Thomazeau, 1936, La France à l'épreuve des jeux Olympiques de Berlin, Alvik Éditions, 2006.
- Jacques Benoist-Méchin, À l'épreuve du temps, Tome 1, 1905-1940, Éditions Julliard.
- Jean-Michel Blaizeau, Les Jeux défigurés, Berlin 1936, Éditions Atlantica, 2000.
- Jean-Marie Brohm, Jeux Olympiques à Berlin, Éditions Complexe, 1983.
- Maryse Éwanjé-Épée, La fabuleuse histoire de Jesse Owens, José-Carlin/Jacques-Marie Laffont Éditions, 2016.
- Alain Foix, Jesse Owens, Éditions Gallimard, 2024.
- Louis Gillet, Rayons et ombres d'Allemagne, Éditions Flammarion, 1937.
- Benoît Heimermann, Les Champions d'Hitler, Éditions Stock, 2014.
- Jesse Owens et Paul Neimark, Jesse, Autobiographie spirituelle, Éditions Foi et Victoire, 1980.
- Robert Parienté et Alain Billouin, La fabuleuse histoire de l'athlétisme, Éditions Minerva, 2003.
- André François-Poncet, Souvenirs d'une ambassade à Berlin 1931-1938, Éditions Perrin, 2016.
- Jérôme Prieur, Berlin : Les Jeux de 36, Éditions la Bibliothèque, 2024.
- Jérôme Prieur, Regarder et ne pas voir. Louis Gillet, un témoin au cœur des années sombres, Éditions du Seuil, 2024.
- Leni Riefenstahl, Mémoires, traduit par Laurent Dispot, Éditions Grasset & Fasquelle, 1997.
- Denis de Rougemont, Journal d'une époque 1926-1946,
Éditions Gallimard, 1968.
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