On
pourrait se dire que ce film, tourné 10 ans après la fin de la guerre, sonne
comme une réhabilitation de la résistance allemande, effaçant un
peu trop vite, d'un revers de manche, 12 années de servitude du
peuple allemand au service du régime nazi. Comme si le réalisateur
allemand, Helmut
Käutner,
réussissait à cristalliser dans la figure du général Harry
Haras,
héros de la Luftwaffe,
tous les desiderata du peuple allemand jamais formulés à
l'encontre des dignitaires nazis quand ces derniers dirigeaient le
pays. Sur le fond, je trouve cette critique vraiment injuste.
D'abord, n'oublions pas que la résistance allemande dans
la Wehrmacht,
bien que minime et agissant en coulisses, a bel et bien existé : la
préparation méticuleuse qui a conduit à l'attentat du 20 juillet
1944 par le colonel Stauffenberg en
est la cinglante illustration. Et si on a longtemps reproché au peuple
allemand sa responsabilité collective dans la mise en place du
nazisme, je pourrais tout aussi bien mettre en avant la quarantaine
d'attentats ou tentatives d'attentats auxquels Hitler échappa parfois miraculeusement. Ce que l'historien Ian
Kershaw résumait
parfaitement par cette formule : la chance du diable... L'Histoire,
souvent, se joue sur des détails.
Pour
en revenir au film et à son contexte, un rapide retour en arrière
nous fera vite comprendre que le cinéma allemand, au lendemain de la
guerre, est matériellement ruiné ; les cinémas détruits par les
bombardements sont à reconstruire et les réalisateurs en exil n'ont, pour l'heure, aucune envie de retrouver la mère patrie... Il
a donc fallu tout reconstruire, et surtout se
reconstruire une
identité, en cela bien aidé par les Alliés qui se sont donné pour
tâche de rééduquer, de dénazifier collectivement le peuple allemand...
C'est
dans ce contexte de reconstruction
morale que
la figure du général Harry
Haras prend
tout son sens. Curd
Jürgens campe
à la perfection cet officier réfractaire au nazisme, mais, plus
encore, le méprisant ostensiblement. Voir comment il dénonce avec
une force impitoyable, devant l'officier SS, toutes les exactions du
régime en attribuant, à chaque lettre du mot «Vaterland »,
un type d'abomination directement imputable au nazisme et conduisant
l'Allemagne au désastre. C'est on ne peut plus clair ! Voir aussi
l'éloquente scène de retrouvailles avec un ancien camarade de
tranchées. Pour ce compagnon de la première heure qui manifeste un
peu trop chaleureusement son attachement au Führer,
il a ce silence assourdissant et réprobateur qui en dit plus long
que n'importe quel discours antinazi !
Curd
Jürgens en
impose naturellement dans le portrait de ce général aux
épanchements rabelaisiens. L'armagnac coule à flots et, dans le
dédale des festivités, les micros de la Gestapo ne
sont jamais très loin...
Ce
qui m'a paru le plus intéressant, c'est l'attitude du Général
confronté aux injonctions des officiers nazis ; suivre son
cheminement, fruit de ses engagements et réflexions personnelles, est tout l'enjeu du film. Et constater combien cette figure
emblématique de la Luftwaffe va se trouver inextricablement prise dans l'étau de la Gestapo,
comment cet étau va peu à peu se resserrer sur lui, et combien les
tentatives d'échapper à son emprise s'avéreront illusoires...
Au
final, le film de Käutner, servi
par une distribution remarquable (mention spéciale à Viktor
de Kow en
officier nazi) et doté parfois d'un sacré sens de l'humour, est
bien plus qu'une simple curiosité : c'est un film à découvrir
impérativement !
Bonus :
Extrait du DVD, le général
du diable:
- Le général du Diable
par Monika Bellan (Remux DVD- MKV- 12mn) : l'historienne du cinéma
revient précisément sur la pièce de théâtre écrite par Carl
Zuckmayer, dont le film s'est largement inspiré.
Extrait du DVD, le
pont, de Bernhard Wicki :
- Allemagne, année zéro
par Monika Bellan (Remux DVD- MKV- 7mn) qui dresse un état des lieux
sinistre du cinéma allemand juste après la guerre.
Kermite.
Film :
Lien : https://1fichier.com/?22ju9fsclhsvc0nqbe73
Remux Bluray (1920x1080)
Bonus : https://1fichier.com/?en9zjef2c9mbykagnddg


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire