dimanche 16 juin 2019

The strawberry blonde – Raoul Walsh 1941 VOSTFR








Synopsis : Biff, qui vient d'obtenir son diplôme de dentiste, a ouvert un cabinet. La clientèle se fait attendre et Biff se demande si les années qu'il a passées en prison ne sont pas la cause de la réticence des malades. En compagnie de son ami Nick, il se remémore les événements qui l'ont conduit jusque là...




The Strawberry Blonde réalisé par Raoul Walsh en 1941 et sorti en France, 26 ans plus tard, sous les titres peu inspirés de, la blonde framboise, ou un dimanche après-midi, est un film absolument savoureux, d’une délicatesse et d’une légèreté délicieuses. Un film d’époque au charme fou. Le temps des premières automobiles et des premiers… spaghettis ! Le temps des premiers raccordements électriques, et des premiers gaz anesthésiants au protoxyde d'azote dont se servaient les dentistes pour soulager leurs patients... Toute cette époque révolue est merveilleusement restituée. 
Et pour le casting, on est plutôt bien servi : habitué aux rôles de caïds, James Cagney casse son image de dur, et se frotte à la comédie sentimentale avec une élégance jubilatoire. Rita Hayworth et Olivia De Havilland réunies ensemble, difficile de rêver mieux…Les scènes de séduction, brillamment orchestrées et mises en scène, sont vraiment drôles, inventives et touchantes.

Il faut voir la tête que fait James Cagney à son premier rendez-vous amoureux, littéralement interloqué par les œillades libertines de la séduisante Olivia de Havilland, qui feint, à merveille, la féministe dévergondée prête à tout pour un baiser ! Divinement cocasse !
À noter que Rita Hayworth devient une star juste après la sortie du film, alors qu’au départ, elle ne devait même pas y jouer ! Remarquée et engagée par Raoul Walsh, elle remplaça au pied levé Ann Sheridan, à qui le rôle était promis, mais qui le refuse, en conflit avec son producteur, Jack Warner. Un caprice de star qui profite à Rita Hayworth. Comme quoi, le succès tient parfois à bien peu de choses…


Bonus :

- Extrait de la revue Positif (avril 1982) : Tribute to a good man, James Cagney ou l'ambivalence de l'Amérique. Long survol de la filmographie de J. Cagney. (PDF- 13 p)
- Un extrait de, Un demi-siècle à Hollywood, écrit par Raoul Walsh. Un bref passage relatant les circonstances un peu particulières dans lesquelles Rita Hayworth  fut engagée. ( PDF - 2p)

PS: le DVD d'origine est en VO, ajout des sous-titres en fr (en jaune) synchronisés par mes soins. 

Kermite.

Lien : https://1fichier.com/?qa2zootkh0p9iyieii5l 

Remux DVD (720x480)


dimanche 9 juin 2019

Déluge 1933 - Felix E. Feist – VOSTFR + VF




Synopsis : des comportements météorologiques chaotiques menacent le monde et des secousses sismiques d'une ampleur jamais atteinte provoquent des catastrophes à la chaîne. Bientôt, dans une atmosphère de fin du monde, des tsunamis géants balaient les côtes des États-Unis... 


Le grand amateur de films catastrophe que je suis, attendais avec une impatience fébrile la sortie en DVD de Déluge, marqué par ces incroyables scènes de fin du monde aux effets spéciaux d'un réalisme saisissant. Et voilà qu'il sort enfin chez nous ! Malheureusement, peut-être parce que j'y ai mis trop d'attentes, je ne vous cache pas ma déception, tant le film, tout compte fait, s'appuie sur un scénario aussi épais qu'une peau de chagrin. Je m'attendais à nettement mieux.

De ce film qu'on croyait à jamais perdu, il ne restait semble-t-il qu'une copie italienne. Mais c'était sans compter sur l'abnégation de Serge Bromberg, qui réussit à dégoter une copie du film, dans les archives françaises du CNC à Paris, et à la restaurer. 
Déluge, produit par la RKO, est réalisé par un gamin de 22 ans, le dénommé Felix E. Feist qui n'aura franchement pas laissé par la suite un souvenir impérissable. Notons tout de même à son actif deux films majeurs : Donovan's Brain qui porte le nom du roman de Curt Siodmak en 1953, ainsi qu'un honnête western, la Vallée des géants, avec Kirk Douglas, réalisé en 1952. À part ça, pas grand-chose à se mettre sous la dent. 
Déluge est donc son premier film, et on entre très vite dans le vif du sujet, sans fioritures. Un raz-de-marée géant, suite à des tremblements de terre d'une ampleur planétaire, menace directement les États-Unis. Juste le temps pour les autorités de prévenir in extremis la population, et la déferlante s'abat comme un rouleau compresseur. New-York est englouti en quelques minutes et le spectacle des gratte-ciel qui se lézardent et s'effondrent par la force des éléments naturels est incontestablement la partie la plus réussie du film. Bien que réalisés à partir de maquettes, les effets spéciaux sont fabuleux pour l'époque, et d'autant plus impressionnants qu'ils ont bénéficié, pour leur conception, de moyens financiers très limités. Les images sont parfois d'un réalisme effrayant, comme ces fissures gigantesques qui laissent entrevoir les entrailles béantes de la terre. 



Mais passé la séquence d'ouverture, avec ses effets spéciaux dantesques, la tension baisse nettement d'un cran, et on se retrouve, après l'apocalypse, dans un drôle de survival pas très réaliste, qui frise, à mon sens, la caricature et par moments, le ridicule. Notre valeureux héros, ayant survécu, réussit à trouver, perdu dans ce No Man's land, une jolie petite maison, toute équipée, miraculeusement épargnée. Et au lieu de partir à la recherche de sa femme et de ses deux enfants qu'il a perdus de vue pendant la catastrophe et qu'il croit déjà morts, il s'y installe, tel un Robinson Crusoé, en attendant des jours meilleurs. En fait, il peut remercier le Bon Dieu de trouver un jour, presque à ses pieds, la belle Peggy Shannon nageuse émérite, qui s'est échouée inconsciente et à bout de forces, après avoir nagé des heures durant, afin d'échapper à des ravisseurs aux intentions malveillantes. On imagine facilement la suite, comment en enterrant un peu vite sa femme et ses deux enfants, il va rapidement tomber sous le charme de la belle et mystérieuse nageuse. En fait, la véritable star du film, c'est elle justement, Peggy Shannon, objet de toutes les convoitises masculines. Car ce survival a pour mérite de mettre en évidence l'âpreté d'un monde soumis aux appétences sexuelles des plus forts. Bon, ce n'est pas Mad Max, il ne faudrait pas exagérer....Et dans cette mouvance un peu glauque, il y en a un qui tire manifestement son épingle du jeu : Fred Kohler. Cet acteur m'a vraiment tapé dans l'œil. Issu du théâtre et du vaudeville, il fait une belle carrière dans le muet avant de négocier, avec succès, le virage du parlant. Doté d'un physique imposant, il avait pour habitude de jouer des rôles de personnages odieux et pourris jusqu'à la moelle, en incarnant avec un naturel désarmant la méchanceté même. Trait physique particulier : il avait perdu deux doigts de sa main droite dans le maniement des explosifs, alors qu'il travaillait dans une compagnie minière, à une époque où il ne vivait que de petits boulots. Il meurt prématurément en 1938 d'une crise cardiaque en plein sommeil, à l'âge de 50 ans.
Dans Déluge, il excelle dans le rôle de la brute épaisse, libidineuse, prête à tout pour satisfaire ses instincts. Il transpire la lubricité à plein nez, et ses attitudes, d'une rudesse sans équivoque, font de lui un personnage qu'on aime haïr. Voilà un sacré bon personnage, un sacré bon acteur, que j'aime parce que détestable à souhait...
Parmi les bons points du film, il faut souligner que Déluge est un film Pré-Code, et qu'à ce titre, il offre des situations que la censure, par la suite, ne rendra hélas plus possibles.
Pour commencer, Peggy Shannon en bikini nous offre un panel de ses atouts naturels des plus convaincants... Elle partage aussi la même couche que notre héros, aux avances duquel elle ne résiste pas longtemps... Triste fin d'ailleurs, que celle de cette artiste qui, après avoir totalement bousillé sa carrière d'actrice en sombrant dans l'alcoolisme, meurt aussi prématurément, d'une crise cardiaque en 1941, à l 'âge de 34 ans, un verre vide à la main...

Déluge fait évidemment écho à la Grande Dépression qui ravagea les États-Unis à la même époque, et on n'est pas étonné de retrouver, à travers ces phénomènes naturels catastrophiques, le cataclysme économique qui a secoué et bouleversé l'Amérique en la dépouillant de ses beaux idéaux.
Finalement, nous avons donc affaire à un petit film, une curiosité, qui se laisse malgré tout regarder, bien qu'entaché d'un scénario prévisible et d'acteurs pas toujours convaincants. Avec un peu d'indulgence, on pourrait même lui trouver un certain charme...



Les éditions Lobster Films ont eu le mérite et l'heureuse initiative de rajouter au film, qui dure à peine une heure, des bonus de qualité, jugez plutôt : 


Survival Town (3’) : comme si vous y étiez... Une explosion nucléaire réalisée au Nevada en 1955 et entièrement filmée... décoiffant ! 
- La destruction de San Francisco 1906 (25’) : ce petit film nous transporte un siècle en arrière, en 1906, après le terrible séisme, à San Francisco. La ville est envahie par les décombres et ravagée par les incendies qui durèrent trois jours. Des images étonnantes rapportées par une caméra qui témoignent aussi bien de la violence de l'événement, que de la résilience de la population prête à se retrousser les manches et à reprendre le cours normal de son existence. Un document captivant.
- Un extrait des Derniers Jours de Pompéi d’Ernest B. Schoedsack (1935 – 10’).

À noter que le film est sorti en Blu-ray chez Kino, mais en VO uniquement.


Liens : 


Remux DVD (VOSTFR+VF +St Fr - 720x576)  : 

https://1fichier.com/?30bxzmhtl3eq5q06tq27





ou :


Remux Blu-Ray (12,3 Go + VO + St anglais + St Fr synchronisés par mes soins) :

https://1fichier.com/?65z9ra6litmnsrf3gnyn
https://1fichier.com/?zcz2laai8ro4ohc89c8j
https://1fichier.com/?2273a3mwuxo0kzqu9a76
https://1fichier.com/?obduongl8wsd9b34oure
https://1fichier.com/?f5bau1zidnctfeeyrrx2



Kermite.

jeudi 30 mai 2019

Les Aventures Fantastiques – Karel Zeman 1958 VOSTFR


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Synopsis : L’ambitieux et peu scrupuleux comte Artigas découvre que le professeur Roch est l’inventeur d’un explosif extraordinairement puissant ; il décide donc de l’enlever afin de s’approprier sa création. Cette bombe représente en effet la clef de l’accession au pouvoir pour le comte.



Karel Zeman n'en finit pas de m'étonner. Comment diable fait-il pour réussir à frapper les imaginations avec si peu de moyens techniques ? Les clefs du succès sont peut-être à chercher dans la volonté du cinéaste à mettre sa passion au service d'un cinéma artisanal, revendiqué et assumé. Une passion qui lui permet de laisser libre cours à son génie imaginatif en réalisant des trucages d'une folle inventivité. Voilà ce qui explique, je crois, pourquoi ses films ont une âme. Après avoir sorti Voyage dans la préhistoire en 1955, Karel Zeman continue d'explorer l'œuvre romanesque de Jules Verne, en réalisant en 1958, les Aventures Fantastiques, connues également sous le titre de l'invention diabolique. Le film, librement adapté du roman peu connu de Jules Verne, Face au drapeau (1896) est une merveille de conte fantastique. Qui me fait, pour mon plus grand plaisir, doucement retourner en enfance. Le réalisateur surprend, par son audace inventive et son art du bricolage. Les trucages, aussi surprenants que cela puisse paraître, donnent à l'illusion obtenue, une réalité intangible qui prend corps avec les vrais personnages. On est ici dans un cinéma fait par des artisans passionnés, aux antipodes des superproductions hollywoodiennes déclinant une surenchère d'effets spéciaux. Et pour moi, inutile de préciser vers quel cinéma va ma préférence...


     




Machines étranges, monstres de papier, marionnettes, gravures ou décors peints à la main, accompagnent le plus naturellement du monde les acteurs réels, et offrent un mélange détonant et singulier, imprimant au film une poésie surréaliste.
Traits particuliers du film, les stries omniprésentes, sous forme d'ondulations, s'affichent comme un hommage aux gravures de Léon Benett et Édouard Riou qui illustraient les romans de Jules Verne.
Le très redoutable Conte Artigas voulant s'approprier l'invention diabolique et devenir le maître du monde, rappelle assez bien, je trouve, le capitaine Nemo de Vingt mille lieues sous les mers.
Au final, Karel Zeman réussit à perpétuer «l'esprit» de Jules Verne et, par ses audacieuses inventions formelles, parvient à donner au cinéma d'animation tchèque, ses véritables lettres de noblesse.


                          


            Image associée





Bonus : (Les vidéos sont issues du DVD, les aventures fantastiques, parus chez Malavida Films
- La mer sous l'objectif de K. Zeman (Remux DVD- 2mn VOSTFR)
- La naissance d'une légende de cinéma (Remux DVD- 5mn VOSTFR)
- Pourquoi K. Zeman a-t-il tourné ce film ? (Remux DVD - 3mn VOSTFR)
- K. Zeman, la légende continue (Remux DVD- 3mn VOSTFR)
- Chaque film de K. Zeman est comme un objet de musée à exposer (Flac -radio cz -31mn)
- K. Zeman le visionnaire du grand écran (Flac - radio cz - 10mn)
- Une plongée dans l'univers fantastique de K. Zeman (Flac-radio cz-11mn)
- Les Aventures fantastiques de K. Zeman (Flac- France musique- 11mn) 
- Portrait de K. Zeman extrait du passionnant, 100 ans et plus du cinéma fantastique et de science fiction (jpg)
- Critique du film du même livre (PDF - 2p)
- Un dossier pédagogique bien fourni, retraçant dans le détail toute la filmographie de Karel Zeman, et la restituant dans la longue tradition du cinéma d'animation Tchèque. (PDF - 39p)
- Un article critique du film trouvé sur la toile (PDF-2p)

PS : le film est issu du Bluray, sorti en 2013 et en VO, avec sous-titres tchèque et anglais. Je lui ai ajouté évidemment les sous-titres en fr. J'ai réalisé la synchro en 2013 donc, parce qu'à l'époque, en 2013, aucune édition française du film de K. Zeman était sortie, (première édition du film chez Malavida Films en décembre 2014...) alors que le Blu-Ray en VO était déjà disponible sur le marché ! Ne pouvant plus attendre plus longtemps, j'ai donc acheté le Blu-ray en VO, en me disant que j'arriverai bien à trouver sur la toile un fichier srt du film à synchroniser. Je l'ai trouvé, en effet, mais le problème c'était la syhnchro... Je n'étais pourtant pas un débutant... J' ai essayé toutes les méthodes i-ni-ma-gi-nables, impossible, il y avait toujours un décalage croissant qui m'a mis la rage au ventre ... Je me retrouvais avec un film que j'avais une folle envie de regarder, mais sans sous-titres... Alors, pris d'une incommensurable envie de bien faire, je me suis résolu à faire la synchro à la main, sous-titre après sous-titre... Trois jours de travail... Une tâche épuisante ! Et ce, d'autant plus, que je n'ai pas fait tchèque en deuxième langue (j'avais déjà assez avec l'allemand...) alors pour trouver les points de repère, et deviner à quel moment il fallait faire coïncider précisément les mots et la voix... Pas évident du tout, mais à force de persévérance, j'y suis arrivé, et ma foi, c'est l'essentiel ! Mais un an plus tard, le DVD sortait en France, avec de jolis sous-titres fr synchronisés...
Voilà pourquoi vous trouverez mes sous-titres fr (en jaune) accompagnés des sous-titres fr issus, eux, du DVD...

Kermite.

Liens : 

Film :  https://1fichier.com/?0qyqp3ypyw3z22vz0j89Bonus :

Bonus : https://1fichier.com/?a2dcdhmbt0hlqk5iw64y


dimanche 26 mai 2019

Sous les ponts - Helmut Käutner 1946 VOSTFR +VF







Deux hommes pour une seule femme, l'éternelle dilemne.
 Deux hommes pour une seule femme, l'éternel dilemme.
                             




Helmut Käutner fait partie des rares cinéastes allemands ayant travaillé sous le IIIe Reich sur le sol allemand, à valoir le détour par la qualité de ses films. Sa filmographie pointe comme une étrange anomalie dans la litanie des films de propagande, et bien qu'ayant réalisé peu de films pendant la guerre, on peut se demander par quel miracle il réussit à s'extraire du joug nazi et de la pression de son Ministre de la Propagande, Joseph Goebbels, pour concocter des petits joyaux, à mille lieux des poncifs idéologiques édictés par le régime...
Tourné pendant l'été 1944 à la périphérie de Berlin, Unter den Brücken, réalisé par Helmut Käutner est l'un des derniers films allemands à passer avec succès la censure de Goebbels. Il reçoit le visa de censure du Bureau de vérification du cinéma national-socialiste en mars 1945. Mais ne sera projeté en Allemagne que bien après la guerre. Il faudra attendre le 18 mai 1950 pour qu'il passe enfin sur les écrans à Hambourg.



Complice dans l'amour.
                     




Sous les ponts est aux antipodes des films de propagande nazie qui ont fait florès auprès du public allemand. Le film fait volontairement l'impasse sur l'état de délabrement où se trouve le pays, et nous présente, en quelques plans fugitifs, un Berlin idyllique, miraculeusement épargné par les bombardements et les restrictions de la guerre.
Le tournage, lui, ne fut pas une sinécure et fut constamment entrecoupé par les nombreuses alertes aériennes, causées par les bombardiers russes et alliés qui allaient larguer leurs bombes quelques kilomètres plus loin sur Berlin... Mais curieusement, rien n'entame le moral des comédiens. Au contraire, à l'image du film lui-même, le tournage a été vécu comme une parenthèse enchantée, un moment de détente presque irréel. L'acteur Carl Raddatz évoque «une période de tournage idyllique, presque romantique, au cours de laquelle les flots de bombardiers passaient au-dessus de nos têtes, en direction de Berlin. Quelques minutes plus tard, alors, au loin, à l'horizon, nous voyions s'élever des champignons de fumée, le ciel devenait plus sombre, on entendait un grondement distant, la terre tremblait doucement, les grenouilles coassaient autour de nous, le vent sifflait dans les roseaux, la Havel continuait de couler, doucereuse, comme si de rien n'était. Nous nous regardions soucieux, le travail continuait. (...) À l'époque, notre travail nous rendait tous très heureux.» 

Helmut Käutner lui-même abonde dans le même sens, et dira : «Nous vivions perdus dans nos songes, à côté de notre époque, et nous oubliions toute cette terreur par le travail.» Difficile de faire le reproche au cinéaste de vouloir échapper à cette atmosphère pesante de fin de monde. J'ai l'impression que Käutner s'est construit une bulle, déconnectée des exigences et des atrocités de la guerre, une bulle d'air salutaire, lui permettant de traverser, plus ou moins sereinement, ces années orageuses, et d'échapper, pour un moment seulement, aux dures réalités de la guerre. 

Pour moi, nul doute que Käutner est un poète. Ses films, tournés dans la tourmente de la guerre, sont comme des songes éveillés, des poèmes euphorisants, mâtinés d'une insouciance irréelle.



Toute la légèreté du style de Käutner, brillamment mise en scène.
              



Cette balade fluviale sur les eaux de la Havel est une douce rêverie, une flânerie idyllique, bercée entre réalisme et poésie, et réalisée avec un évident savoir-faire. (très beaux plans des dessous des ponts) L'histoire, classique, transposée dans l'itinérance des bateliers, nous offre un triangle amoureux, où deux hommes se disputent la même femme. Sur un vieil air d'accordéon aux accents mélancoliques, on suit avec une curiosité grandissante les pérégrinations amoureuses de ce trio d'acteurs, au charme d'un naturel confondant. 
Dans une Allemagne en pleine déliquescence, Helmut Käutner signe là une œuvre poétique, naïve et romantique, filmée dans un style moderne, avec des cadrages étonnants pour l'époque, et propose une fin atypique, assez osée, loin des schémas familiaux et des stéréotypes habituels auxquels le public est en droit de s'attendre en 1945...

Bonus : 

- Ciné Kino  : l' épisode 3 de la série documentaire dresse un aperçu un peu trop rapide à mon goût du cinéma allemand depuis F.W. Murnau jusqu'aux succès récents, mais en 29 minutes, comment faire autrement ? (HDTV)

- La fabrique du film allemand: la UFA fête son centenaire. (58mn - HDTV- Ts)

- Extrait d'Une histoire du cinéma allemand : la UFA, de Klaus Kreimeier, quelques pages sur le film de Käutner, Unter den Brücken, ainsi qu'un chapitre entier réservé aux films de divertissement, produits par la UFA pendant la période nazie, et dans lesquels s'insinue souvent une propagande masquée.

- Article critique du film Sous les ponts.



Kermite.


Liens : https://1fichier.com/?g53g4nm8vv6ttsfd0stz   

(Film HDTV VOSTFR + VF + Bonus)

Ciné Kino (à part) :  https://1fichier.com/?eeouoetrmv0w9nsub85t


Autres liens : 

Remux Blu-Ray en VO, (St anglais ) ajout de st Fr, synchronisés par mes soins. La copie est superbe, à part quelques scènes nocturnes, faiblement contrastées.

https://1fichier.com/?tfbai25zipr79i1fy9i1
https://1fichier.com/?xzz3857oqo3hyiq2d2hg
https://1fichier.com/?kgj95148cy8h61mvqm6q
https://1fichier.com/?efx9a55qxde3r1pg14o7
https://1fichier.com/?bmctclfrpacaovg9y6tq
https://1fichier.com/?k6zm3j2axvzvdd8na0om







vendredi 24 mai 2019

Le général du Diable - Helmut Käutner 1955 VOSTFR




On pourrait se dire que ce film, tourné 10 ans après la fin de la guerre, sonne comme une réhabilitation de la résistance allemande, effaçant un peu trop vite, d'un revers de manche, 12 années de servitude du peuple allemand au service du régime nazi. Comme si le réalisateur allemand, Helmut Käutner, réussissait à cristalliser dans la figure du général Harry Haras, héros de la Luftwaffe, tous les desiderata du peuple allemand jamais formulés à l'encontre des dignitaires nazis quand ces derniers dirigeaient le pays. Sur le fond, je trouve cette critique vraiment injuste. D'abord, n'oublions pas que la résistance allemande dans la Wehrmacht, bien que minime et agissant en coulisses, a bel et bien existé : la préparation méticuleuse qui a conduit à l'attentat du 20 juillet 1944 par le colonel Stauffenberg en est la cinglante illustration. Et si on a longtemps reproché au peuple allemand sa responsabilité collective dans la mise en place du nazisme, je pourrais tout aussi bien mettre en avant la quarantaine d'attentats ou tentatives d'attentats auxquels Hitler échappa parfois miraculeusement. Ce que l'historien Ian Kershaw résumait parfaitement par cette formule : la chance du diable... L'Histoire, souvent, se joue sur des détails.
Pour en revenir au film et à son contexte, un rapide retour en arrière nous fera vite comprendre que le cinéma allemand, au lendemain de la guerre, est matériellement ruiné ; les cinémas détruits par les bombardements sont à reconstruire et les réalisateurs en exil n'ont, pour l'heure, aucune envie de retrouver la mère patrie... Il a donc fallu tout reconstruire, et surtout se reconstruire une identité, en cela bien aidé par les Alliés qui se sont donné pour tâche de rééduquer, de dénazifier collectivement le peuple allemand...
C'est dans ce contexte de reconstruction morale que la figure du général Harry Haras prend tout son sens. Curd Jürgens campe à la perfection cet officier réfractaire au nazisme, mais, plus encore, le méprisant ostensiblement. Voir comment il dénonce avec une force impitoyable, devant l'officier SS, toutes les exactions du régime en attribuant, à chaque lettre du mot «Vaterland », un type d'abomination directement imputable au nazisme et conduisant l'Allemagne au désastre. C'est on ne peut plus clair ! Voir aussi l'éloquente scène de retrouvailles avec un ancien camarade de tranchées. Pour ce compagnon de la première heure qui manifeste un peu trop chaleureusement son attachement au Führer, il a ce silence assourdissant et réprobateur qui en dit plus long que n'importe quel discours antinazi !







Curd Jürgens en impose naturellement dans le portrait de ce général aux épanchements rabelaisiens. L'armagnac coule à flots et, dans le dédale des festivités, les micros de la Gestapo ne sont jamais très loin...
Ce qui m'a paru le plus intéressant, c'est l'attitude du Général confronté aux injonctions des officiers nazis ; suivre son cheminement, fruit de ses engagements et réflexions personnelles, est tout l'enjeu du film. Et constater combien cette figure emblématique de la Luftwaffe va se trouver inextricablement prise dans l'étau de la Gestapo, comment cet étau va peu à peu se resserrer sur lui, et combien les tentatives d'échapper à son emprise s'avèreront illusoires...
Au final, le film de Käutner, servi par une distribution remarquable (mention spéciale à Viktor de Kow en officier nazi) et doté parfois d'un sacré sens de l'humour, est bien plus qu'une simple curiosité : c'est un film à découvrir impérativement ! 

Bonus : 


Extrait du DVD, le général du diable:

- Le général du Diable par Monika Bellan (Remux DVD- MKV- 12mn) : l'historienne du cinéma revient précisément sur la pièce de théâtre écrite par Carl Zuckmayer, dont le film s'est largement inspiré.


Extrait du DVD, le pont, de Bernhard Wicki :


- Allemagne, année zéro par Monika Bellan (Remux DVD- MKV- 7mn) qui dresse un état des lieux sinistre du cinéma allemand juste après la guerre.




Kermite.

Film : 

Lien :  https://1fichier.com/?22ju9fsclhsvc0nqbe73


Remux Bluray (1920x1080)


Bonus : https://1fichier.com/?en9zjef2c9mbykagnddg