samedi 8 février 2020

Picture Snatcher - Lloyd Bacon 1933 VOSTFR




Aux États-Unis, au début des années 30, en pleine Dépression, les films de gangster ont vraiment la cote auprès du public. Scarface, Haute-Pègre, Little Caesar... Autant dire que le public en redemande, il faut dire que la crise économique est passée par là, le public a besoin d'émotions fortes pour oublier la misère et les privations.
En 1931, The Public Enemy, réalisé par William A. Wellman pour le compte de la Warner Bros, eut un succès retentissant et propulsa James Cagney, alors débutant, sous le feu des projecteurs. En 1933, sous la houlette de Lloyd Bacon, il se distingue dans Picture Snatcher par son affriolante débauche d'énergie. C'est vrai, il est ici dans son élément, heureux comme un poisson dans l'eau, tant le film semble taillé à sa mesure. Ses clins d'œil et autres gimmicks, loin de n'être que des artefacts, s'imposent d'une façon si naturelle et participent au bagou du personnage.
Bien sûr, l'image du truand, sur laquelle la Warner Bros a brodé son succès, est encore présente dans l'esprit des producteurs. J'en veux pour preuve le titre sous lequel le film est sorti en France en 1937 : Un danger public. Si James Cagney a perdu son statut d'ennemi public, il n'en reste pas moins encore un danger pour la société… L'allusion au film de William A. Wellman est claire. Sans doute, les intentions des Frères Warner étaient-elles de surfer sur le succès du film de Wellman, en lui accolant un titre aux résonances similaires. Tous les subterfuges sont bons pour attirer le spectateur et faire entrer les dollars dans les caisses des producteurs. 

Pourtant, si le film baigne encore dans les effluves sanglantes du gangstérisme qui ont marqué les années 30, avec une haletante course en voiture, et un tonitruant 
gunfight final, il s'en démarque néanmoins par le sujet traité. James Cagney n'est plus ce truand patenté et sans pitié qu’il affectionne tant, et qui trouvera son apothéose dans le sublime White Heat de Raoul Walsh. Dans Picture Snatcher, c'est un malfrat en manque de rédemption qui, après avoir purgé une peine de prison, veut définitivement tourner la page et rentrer dans le droit chemin. Au grand dam de ses acolytes qui, eux, vont tout faire pour le faire replonger…. 







Sans expérience, mais avec un courage qui frise l'inconscience, il s'engage alors dans une carrière de pigiste en tant que photographe, pour un journal people. Armé de son seul appareil photo et d'une obsession infaillible : arracher des photos que nul n'a jamais prises, s'aventurer là où personne n'ose s'aventurer, en s'affranchissant de toute morale.




Mine de rien, sous ses allures de comédie, le film dresse une satire féroce, impitoyable, du monde du journalisme, tout du moins d'une certaine forme de journalisme. Une critique toujours d'actualité et qui semble traverser les époques sans perdre de sa vigueur. Regardez le traitement journalistique de certaines affaires criminelles... (Voyez par exemple, comment dans l'affaire du petit
Grégory, l'hystérie médiatique alimentée par une meute de journalistes en furie, se sentant investis d'une mission vindicative, a jeté Christine Villemin au pilori et comment certains journalistes ont dicté l'opinion publique pendant des années. Comment l'affaire a d'abord été jugée sur la place publique, dans les médias, avant d'être portée devant les tribunaux.)

La course effrénée au scoop, le goût pour les images choc, le penchant pour les sujets sordides, on peut dire que cette forme de journalisme n'a vraiment pas bonne presse. À juste titre d'ailleurs. L'effraction dans l'intime a ceci d'inquiétant, qu'elle s'accompagne le plus souvent d'un parfum de scandale, et qu'elle peut  broyer, briser des vies humaines. (voir le personnage du suicidaire dans le film) La quasi-absence d'éthique pour arracher ces clichés aux goûts douteux peut nous amener à nous interroger sur ce qui motive le développement d'une telle presse. Elle est là pour étancher notre inextinguible soif de voyeurisme et satisfaire l'insatiable curiosité d'un public en quête de sensationnel.

Mais si le film insiste sur les méfaits d'une certaine pratique du journalisme, il relativise aussi la portée de la presse écrite, en admettant,
in fine, que la principale utilité d'un journal n'est pas celle que l'on croit. Ainsi, à ce jeune étudiant journaliste aux idées un peu trop naïves venu visiter les rotatives pour se confronter aux réalités du métier, James Cagney a l'élégance de la formule pour briser l'idéalisme de cette jeune recrue, qui se fait une idée un peu trop noble du journalisme... À quoi servent les journaux ? «Vous ne le savez pas ?, dit-il d'un air étonné. On l'utilise pour envelopper le hareng 



Bonus personnels :
- Critique du film parue dans Cinémonde, n°454 du 1er juillet 1937.
- Critique du film parue dans Pour Vous, n°450 du 1er juillet 1937.


-Extrait de, La Warner Bros, par Jean-Pierre Coursodon. La "Warner Touch" Histoire d'un studio. (PDF  - 48p)



L'auteur évoque l'histoire de la Warner Bros. Depuis le début des années 20 et le lancement en 1925 du vitaphone, procédé technique permettant d'enregistrer le son sur des disques et de faire ainsi des films sonores, jusqu'à l'absorption du Studio en juillet 1967 par la Seven Arts Ltd, Jean-Pierre Coursodon brosse une histoire de l'un des plus célèbres Studio américain, en définissant ce qui a fait son style, son esthétisme et son évolution au fil des décennies.


Il est vrai que les productions de la Warner au début des années 30 se distinguent notamment par un style concis, précis, sans fioritures, ce qui donne lieu à des films courts, élaborés dans un souci évident d'économie budgétaire, construits sur un rythme décoiffant. C'est bien simple, tout ce qui ne concourt pas directement au développement de l'action est systématiquement éliminé… ! Difficile de faire plus efficace...
Pour les frères Warner, en matière de scénario, la brièveté est un impératif absolu. L'empreinte du jeune Darryl F. Zanuck a été aussi pour beaucoup dans l'évolution de la Warner au début des années 30, et dans l'émergence d'un style très réaliste, avec une prédilection pour les films sociaux. Picture Snatcher en est le parfait exemple.

- Extraits de 50 ans de cinéma américain, de Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon. (PDF- 14p)





Comment parler de la Warner Bros sans évoquer Bertrand Tavernier, grand amoureux du cinéma américain, et de sa monumentale encyclopédie du cinéma américain, coécrite avec Jean-Pierre Coursodon ? Bien que les auteurs en récusent le terme, c'est à une véritable encyclopédie que l'on a affaire, née de la volonté de présenter et faire connaître le cinéma américain par-delà les querelles de chapelle. C'est un projet fou, fruit de toute une vie, résultat d'un travail titanesque, acharné, passionnant, orchestré par deux grandes figures du Cinéma, deux pontes de la critique cinématographique, qui ont forgé leur jugement et leur opinion à l'épreuve du temps. Cet objet de pure cinéphilie taillé dans la démesure ne dresse pourtant pas une liste exhaustive de tous les films américains depuis 1940. C'est une histoire partielle et partiale du cinéma américain, dictée par des choix personnels. (C'est d'ailleurs suivant ces mêmes principes et cette même philosophie, que Bertrand Tavernier entreprendra par la suite son Voyage à travers le Cinéma français, privilégiant notamment les choix affectifs aux dépens d'une approche purement objective, neutre et sans saveur)

Depuis que le projet est né, au début des années 1960, alors qu'il n'était question, au départ, que d'une publication dans un numéro spécial de Cinéma 60, revue dirigée par Jean-Pierre Coursodon, le livre n'a cessé d'être annoté, revu, corrigé et continuellement mis à jour, au point de s'étoffer au fil des éditions, et de présenter, 50 ans après, un vivier d'informations et d'analyses critiques qui dénotent, à mon sens, qu'on est ici en présence d'une véritable Bible de cinéphile, indispensable à tout passionné de cinéma.

Justement à propos de cinéma, B.Tavernier et J.P. Coursodon ne sont pas très tendres envers Lloyd Bacon. Il est jugé médiocre et présenté comme un tâcheron prolifique, dont les qualités artistiques ont été le plus souvent surestimées. Critique sévère certes, quand on pense que le Lloyd Bacon a tout de même livré quelques comédies musicales des plus inspirées. Je pense notamment à Gold Divers of 1933, Footlight Parade, 42nd Street, mais le souci, c'est qu'elles ont toutes été le fruit d'une collaboration, et qu'elles ne sont pas le fait du seul réalisateur. Et autant dire que, dans ces films cités, les apports du talentueux Busby Berkeley y ont une part déterminante, pour ne pas dire  essentielle. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder d'autres comédies musicales réalisées plus tard par Lloyd Bacon, sans la participation de Busby Berkeley, pour se rendre compte à quel point elles paraissent bien ternes à côté…
Pour en conclure avec Lloyd bacon, Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon auront ces mots cruels : «On en vient à se demander pourquoi Bacon est toujours classé parmi les bons artisans, les solides techniciens, ce qui est déjà un grand honneur. Il a toujours servi tout ce qu'on lui demandait : gags, violence, chansons, mais tiède, voire froid et sans sel. Il est à Michael Curtiz ce que la cuisine de cantine est à un restaurant une étoile.» 

- La censure à Hollywood : Thomas Doherty et Creg Detweiler nous expliquent la naissance de la Censure aux États-Unis, en nous livrant une histoire détaillée du Code Hays, le tout raconté avec un esprit pédagogique des plus plaisants. (HDTV - 52mn - TS)

PS : je tiens à préciser que j'ai découvert Picture Snatcher grâce à Bertrand Tavernier qui en a fait une critique élogieuse dans son blog. (http://www.tavernier.blog.sacd.fr/en-attendant-lumiere/)

Les extraits du  livre 50 ans de cinéma américain sont issus de l'édition de 1995. J'ai scanné l'introduction qui présente bien la genèse du projet, quelques pages sur l'histoire du Studio Warner. (succincte, mais fabuleusement instructive dans ses grandes lignes)
Il y sera aussi question de l'organisation hiérarchique du Studio aux États-Unis, de la mise en place du "Code de la Production" (le fameux Code Hays), du fonctionnement des censures locales, le tout agrémenté d'un aperçu critique de l'œuvre de Lloyd Bacon. Voilà, peut-être, de quoi vous mettre en appétit, et bien mettre en perspective l'époque où a été tourné Picture Snatcher.


Film (Remux DVD - MKV- 720x480)


Liens : https://1fichier.com/?z6a8a2d16b8it6bn3wkw


Kermite.



lundi 16 décembre 2019

A Fuller Life - VOSTFR





J'ai découvert Samuel Fuller avec The Naked Kiss, et à l'aune de son incroyable scène d'ouverture, je l'ai reçu comme un uppercut en pleine face. J'ai découvert un style et un univers d'une âpreté et d'une noirceur qui m'ont stupéfait. Car l'Amérique dépeinte par Samuel Fuller brille par son indéfectible pessimisme. Prostitution, flic véreux, pédophilie... Pas la moindre once de lumière, ni d'espoir dans cette Amérique engluée dans le ciment de l'hypocrisie. De quoi vous foutre le bourdon à coup sûr. Mais si le film est d'un pessimisme effrayant, l'homme qui l'a réalisé est porté par un optimisme à toute épreuve. J'ai découvert un homme combatif, qui ne baisse jamais les bras. Voilà ce que j'aime justement chez Samuel Fuller, c'est sa force de caractère, sa faculté de ne compter que sur sa propre volonté pour surmonter les obstacles et ses échecs. Il a tracé ses propres sillons dans le terreau du cinéma hollywoodien et s'est forgé une carrière à la force de son indépendance d'esprit, qu'il ne cessera jamais de cultiver toute sa vie. Une abnégation qui lui fait honneur, tant les producteurs aux États-Unis décident de tout, et surtout du Final Cut. Il s'est toujours battu pour imposer ses idées et faire respecter ses choix, en ne cédant pratiquement jamais à la facilité. C'est certainement une des raisons pour lesquelles il est tant apprécié, reconnu et aimé en France.


A Fuller life est assurément le documentaire le plus complet jamais réalisé sur Samuel Fuller. Et pour cause, c'est son unique fille, Samantha Fuller, qui en a eu l'idée. Pour commémorer le centenaire de son père qui aurait eu 100 ans en 2012, elle lui a concocté ce cadeau un peu spécial en forme d'hommage. 
A Fuller life résonne comme la déclaration d'amour d'une fille à son père. Au fil de ce voyage intime, et en se penchant sur son passé, elle a certainement appris à mieux connaître son père, car Samuel Fuller, faut-il le rappeler, a eu sa fille tardivement, à l'âge de 63 ans. Peut-être a-t-elle essayé, en manifestant le désir de mieux connaître l'homme qu'il était, de se réapproprier le temps qu'elle n'a pas pu passer avec lui. 
Ce qui est sûr, c'est que le documentaire est une façon de faire revivre sa mémoire, exprime le besoin de faire porter au public ses films, résolument modernes par leur style et leur audace thématique. Je crois qu'en marchant sur les traces de son père, elle définit inconsciemment les contours d'une quête spirituelle et personnelle, celle que justement décrit Samuel Fuller dans son livre, sous le terme de troisième visage, et qui englobe la part de mystère et d'inconnu qui est en chacun d'entre nous. 


Quoi qu'il en soit, à travers son dévouement, Samantha Fuller porte sans complexe et avec un certain panache, le flambeau de son héritage familial. Et la tâche s'avère  loin d'être aisée, car le cinéaste a laissé derrière lui une incroyable somme d'archives personnelles. Son bureau, véritable bric-à-brac indescriptible, fait office de caverne d'Ali Baba, où s'entasse pêle-mêle une montagne de notes, lettres,  scénarios, films personnels... Soit autant de documents qui mériteraient un jour d'être exploités et publiés. D'ailleurs, un projet de documentaire est déjà en cours, axé sur la guerre, et composé de ses films qu'il a lui-même tournés pendant la guerre, avec en toile de fond, des extraits des lettres qu'il a écrites sur le front et lus par les derniers vétérans...  Un projet alléchant qui ne manquera pas de piquer ma curiosité le moment venu.



Mais pour l’heure, c'est de sa monumentale autobiographie, Un troisième visage, livre d'une densité extrême, à l'écriture aussi mordante que ses films, que le documentaire s'inspire directement. Traduit de l'anglais par Hélène Zylberait, ce diamant brut de décoffrage est un joyau sublime et se présente comme son ultime chef-d'œuvre. Lisez ce livre absolument ! C'est tout le 20e siècle qui est passé en revue ! Samuel Fuller réussit le tour de force de l'appréhender dans une époustouflante introspection. Ce n'est pas seulement le regard lucide que porte Samuel Fuller sur son œuvre qui rend ce livre si fascinant, c’est sa vie proprement dite, d'une folle richesse, aventureuse, mouvementée, qui donne à penser que l’on tient entre les mains un témoignage exceptionnel, où la petite histoire s’imbrique naturellement dans la grande. Car Samuel Fuller participa activement aux événements majeurs qui auront marqué son siècle : de la Grande Dépression, pendant laquelle il fit ses premiers pas de journaliste, jusqu'à son engagement dans l'infanterie pendant la Seconde Guerre mondiale, et à l'impensable découverte du camp de concentration de Falkenau, en Tchécoslovaquie, il a été aux premières loges de l'Histoire, a vécu de plein fouet les tourments et les horreurs de ce siècle de folie.


Mais par-delà sa vie rocambolesque, Samuel Fuller a le don pour vous choper par les couilles, de vous happer dès la première ligne par son style, sa gouaille, et son inébranlable optimisme. Quel conteur extraordinaire il est ! Il n'a pas son pareil pour écrire, inventer et raconter de bonnes histoires !  Pour Fuller, l'art de faire du cinéma repose sur l'aptitude à savoir créer une bonne histoire. Tous ses films suivront cet adage. Mais sa vie, tout compte fait, est certainement la plus passionnante de toutes ses histoires. Je reste fasciné par cet homme qui a réussi à marquer le siècle de son empreinte. Son livre illustre à merveille ce que Nietzsche formule par cette exigence lapidaire dans Ainsi parlait Zarathoustra : écrire avec son sang.

L'originalité du documentaire tient au fait que des comédiens et réalisateurs l'ayant côtoyé durant sa vie, lisent des extraits de son autobiographie pour donner corps aux moments décisifs qui ont jalonné son existence. 
Répartis sur 12 chapitres, une quinzaine d'intervenants donnent de leur voix pour retracer le roman de sa vie et bon Dieu, quelle vie !! On peut dire que le cinéaste porte merveilleusement son nom, tellement sa vie fut remplie. 

Parmi les acteurs  et actrices qui se prêtent à cet exercice de lecture : Mark HAMILL, Robert CARRADINE, Kelly WARD, Jennifer BEALS, Bill DUKE, James TOBACK , Tim ROTH, Buck HENRY, James FRANCO et Constance TOWERS. Parmi les réalisateurs :  Perry LANG, Joe DANTE, Wim WENDERS, Monte HELLMAN et William FRIEDKIN.

L'hallucinante prestation de Bill Duke m'a estomaqué et foutu une sacrée dose de frissons. L'avoir choisi, lui, acteur noir, pour parler du Ku Klux Klan, est diablement osé. Le poids des mots prend dans sa bouche une tournure abyssale. Ku Klux Klan. À leur énoncé, ces mots chargés de haine et d'une funeste histoire résonnent dans la bouche de Bill Duke comme une plainte ténébreuse. KKK, trois lettres maudites, qui figent l'expression de son visage dans la haine et la douleur. Et la torture que s'inflige son corps renvoie douloureusement à un passé pourtant si lointain, mais terriblement présent. Merci Monsieur Bill Duke pour ce moment d'une folle intensité.

Cet épisode est crucial et déterminant dans la vie de Samuel Fuller, alors simple pigiste en 1934. En assistant à une réunion du Ku Klux Klan à Little Rock, en Arkansas, afin d'en écrire un article pour l'American Weekly, il s'est en effet rendu compte qu'une photo, une image pouvait alors avoir plus de force émotionnelle, plus d'impact, que de simples mots. Les rites haineux de cet étrange cérémonial avaient profondément marqué le jeune Fuller, éduqué dans le levain des idéaux démocratiques. Autour d'une croix enflammée, une trentaine de membres en robe blanche vocifèrent un discours haineux et raciste, en faisant l'apologie du lynchage. Mais le spectacle d'une mère, la tête cachée sous une taie d'oreiller, robe retroussée donnant le sein à son enfant, avait de quoi laisser le jeune Fuller perplexe. Le contraste était saisissant entre la douceur maternelle d'une mère nourrissante et des paroles racistes, hargneuses, baignant dans une violence exacerbée. 


Samuel Fuller écrivit son article et l'envoya au rédacteur en chef de l'American Weekly, qui refusa de croire à la vision de cette femme allaitant son enfant, parce qu'elle sonnait faux. Ce qui fit comprendre à Fuller qu'une simple photographie aurait pu persuader son rédacteur en chef qu'il disait vrai. L'enseignement de cette histoire lui a ouvert les yeux sur la nécessité de ne pas s'en tenir aux seuls mots, mais de les associer aux images dans le but de mieux faire resurgir l'émotion brute. Cette démarche décida en grande partie de la suite de sa  carrière, et trouva  naturellement son expression la plus aboutie dans l'écriture scénaristique, à laquelle il se consacra après s'être essayé au journalisme, puis dans la réalisation de films où il donna toute la mesure de son talent.



Bien évidemment, figurent dans le documentaire des extraits de ses films, ainsi que des images inédites tournées en plein conflit mondial, grâce à sa caméra portative 16 mm, Bell & Howell, que sa mère lui avait envoyée.

La Seconde Guerre mondiale restera pour lui l'expérience la plus traumatisante de sa vie. Engagé volontaire dans l'infanterie, il participe à toutes les étapes du conflit. Débarquement en Afrique du Nord, puis en Sicile. Débarquement en Normandie sur la plage d'Omaha Beach. Bataille des Ardennes et poursuite des combats sur le sol allemand... Un périple qui s'achèvera en apothéose funèbre dans la découverte et la libération du camp de concentration de Falkenau, en Tchécoslovaquie. Soit autant de souvenirs douloureux qui le hanteront toute sa vie, et le poursuivront jusqu'à sa mort. Une expérience qui servira directement de matière première pour l'élaboration de ses films. Voilà pourquoi l'obsession de la guerre reste omniprésente dans son œuvre.



En définitive, Samuel Fuller aura consacré sa vie à ce qu'il savait faire de mieux : écrire de bonnes histoires, sincères et vraies. Dans les années 30, pendant la Grande Dépression, il avait choisi d'explorer l'Amérique comme un vagabond, en stop et en train, dans des wagons de marchandises, pour se confronter aux réalités du pays. Sa Royale ficelée sur son dos, dormant avec les clochards, il écrivit une série d'articles pour le journal Américain Weekly, avec en point d'orgue de cette odyssée journalistique et humaine, les émeutes de San Francisco en 1934 qui l'auront profondément marqué. Au terme de son périple, il a eu ces précieux conseils pour la nouvelle et jeune génération, des paroles qui résument parfaitement sa philosophie de la vie  :
«Jeunes gens, si vous voulez comprendre l'Amérique, bougez votre cul et allez l'explorer !  C'est un endroit immense et époustouflant !»



Bonus Bu-Ray  : 



- Dogface  : pilote pour une série réalisée par Samuel Fuller et mettant en scène une escouade américaine en Afrique du Nord en prise avec l'Afrikakorps. Objet de toutes les attentions, un simple berger allemand est le centre névralgique d'une opération stratégique et guerrière...(1959- 26mn -HD)

- Extraites de Samuel Fuller. Jusqu'à l'épuisement, de Frank Lafond,  ces quelques pages reviennent sur les conflits qui ont émaillé la sortie de J'ai vécu l'enfer de Corée, dans les milieux de l'Armée et de la presse américaines. (PDF - 8p)



 Bonus personnels :



Radio : 



-Samuel Fuller, la caméra au poing : autour de Samantha Fuller, Frank Lafond, et d’Hélène Zylberait,  Voilà une émission comme on aimerait en écouter plus souvent. On ne s'y ennuie pas une seconde, et chacun y va de sa petite touche pour évoquer l'univers de Samuel Fuller, marqué par la guerre, et en brosser un portrait  tout en nuances. Avec cerise sur le gâteau, des extraits d'interviews accordées par Samuel Fuller sur le tard.   (47mn - FLAC- RFi)



-Dans le film, émission présentée par Murielle Joudet : Samuel Fuller par Jean Narboni. (MP3 -81mn)



Vidéo : 



- Auteur de Samuel Fuller.Jusqu’à l’épuisement, Frank Lafond est ici en compagnie de Samantha Fuller, on le sent un poil impressionné, peut-être ému, par celle qui, toujours très à l'aise à l'évocation de son père, en défend le mieux la mémoire.  (18mn - WebHD - MP4) :






Revues et Livres : 



-Conversation avec Samantha Fuller, qui est interviewée par Alexis Hyaumet et Marc Moquin à propos de la sortie du documentaire, A Fuller life






-Samuel Fuller, histoires de la violence, par Marcos Uzal, paru dans Libération, le 5 janvier 2018 : 




-Cahiers du Cinéma n°93 (Mars 1959) : Sur les brisées de Marlowe par Luc Moullet (PDF-9p). Luc Moullet qui fera partie de ceux que Samuel Fuller rencontra après son arrivée en France, en 1965, au même titre que Jean-Luc Godard, François Truffaut, Claude Chabrol et bien d'autres...




- Samuel Fuller est ici interviewé par Luc Moullet, Noël Burch et André S. Labarthe pour les Cahiers du cinéma en 1967. (Cahiers du Cinéma septembre 1967, n°193)
Il y parle de tout, de la guerre, du communisme, de sa vie, de cinéma… Il expose notamment ses méthodes de travail, sa préférence pour le plan-séquence laissant ses intervieweurs dubitatifs et incrédules… ! (5p-PDF)



-Cahiers du Cinéma n°169 (août 1965) : Samuel Fuller "Cinéaste de notre temps" par Claude-Jean- Philippe.  (PDF-1p)




-Présence du Cinéma : (n°19 - décembre 1963/janvier 1964)
Toutes les interviews de Samuel Fuller sont captivantes parce qu'elles fourmillent d'idées et montrent combien son esprit vif et affûté était perpétuellement sur le fil du rasoir. Elles sont pour moi une source intarissable d'étonnement. Elles permettent de mieux saisir la complexité du personnage puisqu'elles mettent au grand jour sa façon de travailler, ses relations avec les Studios, sa façon de choisir les acteurs jusque dans les moindres détails physiques. Plus généralement, c'est toute sa vision du cinéma qui se trouve expliquée, détaillée. Je crois qu'on ne trouvera pas mieux que lui pour parler de ses films, les exposer, en faire ressortir les grandes lignes, les enjeux, et les expliquer à la lumière de ses motivations personnelles. Il s'entretient ici  avec Jean-Louis Noames. (PDF-20p)
La suite de l’interview se trouve dans le numéro 20 de la revue. Malheureusement, elle est introuvable sur la Toile, je n'ai donc pas réussi à mettre la main dessus.



-Extrait de la revue Positif (n°244/245.Juillet/Août1981) ; un entretien savoureux avec Samuel Fuller qui évoque, entre autres, ses rapports pour le moins compliqués et tumultueux avec  l’État-major américain dans la réalisation de ses films de guerre….(PDF-10p)



-Samuel Fuller. Un homme à fable, par Jean Narboni. (PDF-111p)




- Image et Son.La revue du cinéma (n°352 - juillet 1980) : Marcel Martin et Jacques Valot brossent un portrait du cinéaste où transparaissent en filigrane les travers et partis pris de certains critiques d'époque, qui voyaient en Fuller un apôtre de la violence et du fascisme ! C'est vrai que beaucoup d'idioties ont été écrites sur son compte, et que certains n'ont vraiment rien compris à ses films et aux intentions de leur auteur….(PDF - 4p)




- Image et son.La revue du cinéma (n°360 - avril 1981) : 
Samuel Fuller, anarchiste, moraliste et américain. Une approche intelligente et percutante du cinéma de Samuel Fuller par Noël Simsolo.
Fuller au crible : une réjouissante table ronde, embellie par les interventions de Bertrand Tavernier, Noël Simsolo, Marcel Martin, Daniel Serceau et Jacques Zimmer.  (PDF-20p)




Kermite.

Remux Blu-Ray :




https://1fichier.com/?5ozib6cyxb3ngkrkzpe4


Bonus Personnels :


https://1fichier.com/?jutz1qn03pse1ze2jovu