L'âge d'or de la conquête spatiale est-il derrière nous ?
La course à l'espace. Ne pas se fier à son titre trompeur, car le documentaire de Paul Hildebrandt n'est pas une rétrospective exhaustive de la guerre technologique à laquelle les États-Unis et l'Union soviétique se sont livrés à travers la course à la Lune. Il évoque finalement assez peu la concurrence féroce à laquelle ont pris part ces deux superpuissances dans la course à l'espace, avec l'objectif affirmé de poser, les premiers, le pied sur la Lune. Je dirais plutôt qu'on a affaire ici à un véritable cri du cœur, poussé par une communauté de scientifiques, d'astronautes et d'astronomes qui dressent le constat implacable qu'en matière d'exploration spatiale et de vols habités, rien de neuf porté par une ambition et un projet visionnaire, n'a vu le jour depuis que l'homme a posé le pied sur la Lune le 21 juillet 1969. Comme si, une fois l'objectif de la Lune atteint, le soufflet était subitement tombé. La course gagnée, les moyens financiers ont fondu comme neige au soleil, rendant impossible la conception de nouveaux projets réellement ambitieux. Et la perspective de revoir un jour l'homme marcher sur un autre astre que la Terre s'est, pour longtemps, éloignée…
Ironie de l'histoire, c'est en décembre 1969, alors que Neil Armstrong et Buzz Aldrin venaient tout juste de poser le pied sur la Lune, qu'a été acté l'arrêt de la production des fusées Saturn V. Le destin du programme Apollo était désormais scellé.
Succédant au programme Apollo jusqu'en 2011, la navette spatiale n'échappe pas aux critiques. Ce vaisseau réutilisable est justement condamné à faire la navette entre la Terre et l'orbite basse, ce qui rend impossible et caduque l'idée même d'exploration ! La navette spatiale est l'illustration vivante du manque d'ambition de la NASA, la marque criante de son défaitisme en matière de vols habités, comme si l'agence américaine avait rendu les armes et s'était résolue à l'idée que l'exploration de notre système solaire était désormais l'apanage des seuls robots. Sans oublier qu'à l'origine, elle devait, de par sa réutilisation, abaisser les coûts de lancement et permettre ainsi de réaliser des économies substantielles. Ce qui est loin d'être le cas ! En théorie, chaque lancement devait coûter 40 millions de dollars. En théorie seulement, car dans la pratique, chaque lancement a coûté, en moyenne, la somme pharaonique de près d'1,5 milliard de dollars… !
Que dire aussi du lanceur SLS (Space Launch System) que la NASA s'est mis en tête de construire, alors qu'elle disposait déjà de la fusée la plus puissante jamais construite, la Saturn V ? Une fusée qui fonctionnait parfaitement et qui a fait ses preuves il y a… 50 ans !
Pour mettre en avant les errements des politiques budgétaires de la NASA, il y a cette scène éloquente et presque surréaliste qui résume à elle seule la misère financière allouée aux programmes spatiaux et le manque de discernement des politiciens. Un responsable du Congrès américain demande à un expert en astronomie dans combien de temps la NASA comptait envoyer un homme sur Mars avec le budget dont elle dispose actuellement. « Avec le budget actuel ? » s'interroge, interloqué et dépité, l'expert astronome de la NASA. Il se tourne alors vers un responsable de la NASA qui a cette réponse cinglante : « Avec le budget actuel, certainement jamais ! »
L'astrophysicien Neil deGrasse Tyson a mille fois raison d'affirmer qu'il faut se donner des objectifs ambitieux pour donner aux gens l'envie d'innover. Et ce qui manque aujourd'hui, c'est justement un programme spatial visionnaire, capable de fédérer toutes les énergies et de booster l'industrie. Voilà un défi auquel l'astrophysicien lui-même ne semble plus croire, le désenchantement ayant fait son œuvre.
PS — Depuis 2017, date à laquelle le documentaire a été réalisé, il semblerait toutefois que les choses évoluent en matière de vol habité et que la Lune suscite l'envie de nouveaux défis. Avec la mission Artemis IV, la NASA s'est enfin résolue à de nouveaux objectifs, enfin dignes de son statut. La compétition est de nouveau devenue le moteur dans cette course à la Lune, entre les États-Unis et la Chine, dont les ambitions spatiales s'affirment au fil des ans. Après une longue période de disette, les beaux jours de l'exploration spatiale semblent donc bel et bien revenir…
Kermite.
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