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samedi 3 février 2024

Amarna, la cité mystérieuse d'Akhenaton - Nick Gillam Smith, 2020 HDTV







Mon admiration pour l'Égypte antique remonte au collège. C'était la seule période du programme d'Histoire qui me passionnait réellement. Je me foutais royalement de l'histoire de France, mais l'Égypte et ses pharaons m'avaient littéralement magnétisé. J'ai tout de suite été saisi par la beauté de ses monuments et de son architecture. Les temples et leurs statues colossales me fascinaient, autant que le mystère de leur réalisation. Comment des mains d'hommes avaient-elles pu construire des édifices aussi faramineux que les pyramides ? La civilisation égyptienne me livrait toute sa grandeur et toute sa magnificence à travers ses croyances, sa mythologie, ses hiéroglyphes insaisissables et son emblématique sagesse. Et parmi la pléiade de souverains qui ont régné sur l'Égypte, Akhenaton occupe pour moi une place de choix, parce qu'il a été injustement maudit, banni et oublié des hommes. 

Pourtant, curieusement, Akhenaton est en passe de devenir, aujourd’hui, le plus illustre et fascinant pharaon de l’Égypte antique. Une popularité due sans doute à la personnalité d’Akhenaton, qui était, comme l’écrit l’égyptologue Dimitri Laboury, un personnage atypique, singulier et insolite. (1) La découverte, en 1923, du buste de Néfertiti, par l'archéologue allemand Ludwig Borchardt a certainement concouru au regain d'intérêt que portent les égyptologues pour Akhenaton, mais aussi à sa popularité aux yeux du public. Car Akhenaton forme avec Néfertiti l'un des plus célèbres couples royaux.  


Celui qui était le fils d'Amenhotep III et s'appelait encore Amenhotep IV au début de son règne, a bousculé les croyances de l'ancienne Égypte en proclamant et en promouvant le culte d'Aton, symbolisé par le disque solaire. Dans l’avant-propos de sa monumentale biographie qu’il consacre au pharaon, l'égyptologue Cyril Aldred parle « [d’]un dieu nouveau, unique, mystérieux, dont les formes ne pouvaient être connues et n’avaient pas été façonnées par des mains humaines. » (2) Aton, le disque ou l’astre solaire, est désormais le nouveau dieu que le pharaon adore et vénère. Il en est à la fois le fils et l’incarnation vivante. Et en hommage à ce dieu lumineux, Amenhotep IV se fait nommer Akhenaton. La lumière de l’astre solaire, dont les rayons apportent le souffle de vie, s’impose comme la force motrice génératrice de l’ordre cosmique. « Nul autre culte solaire n’a vu les rayons de cet astre si clairement mis en valeur comme source de vie et d’action », écrit encore justement Cyril Aldred. (3) 



Akhenaton et Néfertiti faisant des offrandes au disque solaire. Les
petites mains qui viennent se greffer sur le bout de ses rayons
semblent accueillir majestueusement ce présent royal.



Aton, le dieu vivant, régit l'ordre du monde et assure l'existence de toutes les formes de vie. Déjà amorcée par son père, Amenhotep III, la remise en cause de la représentation polythéiste du monde a pris une dimension radicale sous Akhenaton qui, en bannissant les divinités du panthéon, a donné naissance au premier monothéisme de l'histoire humaine. Une seule génération a suffi pour qu'une nouvelle théocratie s'amorce et prenne son essor, malgré un clergé résolument attaché à ses anciennes divinités et tourné vers la tradition.

C’est donc une période aussi brève que fascinante qui est abordée dans ce documentaire, à travers le règne du pharaon hérétique Akhenaton. Amarna, la cité mystérieuse d'Akhenaton, de Nick Gillam Smith, montre comment, au milieu du XIVe siècle avant notre ère, ce pharaon a été l'instigateur d'une révolution spirituelle et politique qui a sapé les fondements religieux de la civilisation égyptienne. Une révolution qui a fait table rase du passé et renversé les anciennes divinités (Amon-Rê) pour instaurer le culte d'Aton, le dieu du Soleil. Akhenaton quitte Thèbes, où les fêtes d’Amon étaient célébrées, pour édifier, plus au nord, une nouvelle ville sainte, sur la rive orientale du Nil. (4) Un lieu sacré et vierge qui n'appartient à personne et qui servira de résidence royale. La géographie des lieux inspira au pharaon, dans une révélation mystique, toute la puissance et la sacralité du dieu Aton. La nouvelle cité a pour nom Akhet-Aton, qui signifie l'Horizon-de-l'Aton, c’est-à-dire le lieu de la manifestation divine dans l’ici-bas, dixit Dimitri Laboury. (5) Elle surgit du sable en quelques années seulement, et 16 stèles, sur lesquelles ont été gravés les décrets de fondation de la cité, en délimitent les frontières. Bâtie autour de la figure du pharaon Akhenaton et du dieu Aton, elle supplante Thèbes, l'ancienne capitale, et devient le centre névralgique et politique de l’empire égyptien. Moins une ville à proprement parler, qu'une terre sacrée, dont la vie est rythmée par des cérémonies festives et des rencontres diplomatiques.

L'époque amarnienne se distingue dans le même temps par une révolution architecturale. Les temples ne sont plus ces lieux secrets et fermés, mais sont construits à ciel ouvert, sans plafond, pour mieux capter la lumière du soleil et s'y baigner. Une innovation dans le culte, car comme l'écrit Dimitri Laboury, « le dieu prend place dans son temple, non plus à travers ses images, mais physiquement, par la diffusion de sa lumière, signe tangible de sa présence véritable. » (6) Plus de statues de culte incarnant symboliquement et par magie la nature du dieu. Les espaces sacrés sont désormais à ciel ouvert et les sanctuaires baignent dans la lumière du disque solaire. Le clergé destitué, Akhenaton devient l'unique grand prêtre à vénérer le dieu Aton, le seul autorisé à lui vouer un culte. Dans cette nouvelle théocratie, le souverain se divinise. On assiste à une divinisation solaire du pharaon devant lequel chaque Égyptien se prosterne en signe d'adoration. Comme l'écrit Marc Gabolde, « la piété populaire s'exprime désormais par une dévotion inégalée envers le pharaon dont tous les faits et gestes sont sacralisés. » (7)

S'opère également une révolution dans l'art figuratif. Akhenaton, représenté avec ses yeux en amande, des courbes prononcées et un allongement des traits, apparaît encore plus atypique et fascinant. Des choix esthétiques qui révèlent à quel point les artistes égyptiens exprimaient, par des effets de style, le caractère unique et divin du pharaon. Il s'agissait moins d'en faire un portrait réaliste que d'en souligner la singularité par des effets de style. Comme l'écrit Dimitri Laboury à propos des représentations d'Akhenaton, « [l]a stylisation marquée du personnage souligne sa nature exceptionnelle, loin de celle du commun des mortels... » (8)


Akhenaton et Néfertiti. Portrait du couple royal dans un style 
caractérisé par un allongement et une parfaite courbure des traits.

De même, la distorsion du corps du pharaon, qui apparaît parfois avec un embonpoint et de larges hanches, a fait dire à certains que ces symptômes physiques révélaient les signes d'une maladie. Cependant, les artistes ont plus vraisemblablement voulu souligner le caractère androgyne du pharaon, car l'androgynie est, symboliquement et traditionnellement, source de fertilité dans l'iconographie égyptienne. (9)

Celle-ci a connu, à l'époque amarnienne, une petite révolution dans la façon dont les Égyptiens représentaient leur souverain. En effet, le pharaon ne se trouve plus représenté, dans la traditionnelle imagerie rituelle, au côté du dieu solaire personnifié, Rê-Horakhty. L'espace alloué à la figure divine tutélaire se libérant, Akhenaton devient désormais le centre de la représentation et se trouve ainsi mis en scène dans des évocations intimistes. Plusieurs scènes familières, infiniment touchantes, le montrent en famille, avec ses filles et son épouse, Néfertiti. Des scènes d'une tendresse, d'une chaleur humaine inhabituelle, parfois dramatiques, évoquent ainsi la vie du couple royal. 



Baignant dans la lumière d'Aton, Akhenaton et Néfertiti jouent affectueusement avec leurs trois filles.




Mené comme une enquête, le documentaire révèle peu à peu les mystères de cette ancienne cité dont il ne reste aujourd'hui pratiquement plus rien. La mort d’Akhenaton reste un mystère, mais la famille royale a été, semble-t-il, décimée par une épidémie de peste. La période dite de l’Atonisme n’a pas fait la prospérité et la flamboyance de l'ancienne Égypte. Le pouvoir du pharaon en a été largement affaibli. Le royaume du souverain perd de son prestige et de son influence, car le règne d’Akhenaton est marqué par des guerres perdues contre les Hittites pour la reconquête de la ville de Qadesh, route commerciale vitale pour l’approvisionnement du cuivre et du bronze. Sans doute, cette série de malheurs a-t-elle fait prendre conscience au peuple égyptien que le culte d’Aton ne lui faisait pas bénéficier de la protection tant désirée. Sans doute aussi, fut-il pour lui déconcertant de se plier à ce nouveau culte, et que certains Égyptiens s’y sont refusés, préférant honorer leurs dieux habituels. Après sa mort, Akhenaton fut délibérément et définitivement oublié, comme effacé de la mémoire collective. Son nom fut rayé des listes royales officielles. La cité d’Amarna fut entièrement démantelée, et suivant une tradition souvent éprouvée dans l’ancienne Égypte, les pierres (talatats) qui avaient servi à sa construction, ont été réutilisées par d'autres pharaons (Sethi 1er et Ramsès II notamment) pour la construction d'autres monuments. Mais toutes les inscriptions et références au dieu Aton seront supprimées, et la mémoire du souverain enfouie dans les oubliettes de l’Histoire. Et c’est à son fils, celui qui se nommait encore Toutânkhaton, fils d’Akhenaton, qu'incombe la tâche de tourner définitivement la page de l’Atonisme et de remettre sur pied le culte des divinités traditionnelles. 




Bonus:



Radio :



- L'épisode étonnant du règne d'Akhénaton, par Christiane Desroches-Noblecourt. (France Culture - 28 mn - FLAC.) Comme à son habitude, la célèbre égyptologue nous enchante par sa rigueur, sa culture et la passion qui l’anime. Un régal.


- Les Odyssées du Louvre : À la découverte de la cité perdue d'Akhénaton. (France Inter - 24 mn - FLAC.)


- Du Caire à Berlin : le buste de Néfertiti. (France Culture - FLAC - 59 mn.) Dans une conférence donnée au Collège de France, l'historienne de l'art, Bénédicte Savoy, dépassionne le débat autour du buste de Néfertiti, en mettant parfaitement en lumière les conditions juridiques, politiques et historiques qui ont permis au Neues Museum de Berlin d'en faire l'acquisition. Elle s'interroge notamment sur la question de son éventuelle restitution aux autorités égyptiennes, en mettant au jour les enjeux idéologiques et nationaux dont cette icône de la beauté est l'objet.

Une chose est sûre : le buste, sculpté par Thoutmôsis, n'en finit pas de susciter des crispations dans les relations culturelles et diplomatiques entre l'Allemagne et l'Égypte.

- Néfertiti, la beauté du Nil. (France Inter - FLAC - 27 mn.)


Revues et Livres  :


- Géo Histoire, n°68 : Akhenaton- Néfertiti, un duo de choc. (PDF - Extraits - 6p.)




- Beaux-Arts, n°295 du 1er janvier 2009 : Akhenaton & Néfertiti : Messages du dieu-Soleil. (PDF - Extraits - 6p.)

  




- L'Égypte pharaonique de Dimitri Laboury. Éditions Le Cavalier Bleu. 2001. (Extraits - PDF - 6p.)  Précis d'égyptologie qui tord le cou aux idées reçues souvent répandues sur l'Égypte pharaonique, sa culture, ses croyances et ses souverains.  






- Akhenaton roi d'Égypte, de Cyril Aldred. 1997. Éditions Du Seuil. (Extraits - PDF -15p.) Une référence parmi les biographies écrites sur Akhenaton. À rebours de certains auteurs, Cyril Aldred brosse un portrait plein d'humanité d'Akhenaton, à qui il prête un caractère volontiers bienveillant. Cet humanisme prend tout son sens à travers la volonté d'Akhenaton de se montrer dans des scènes intimes, avec son épouse, Néfertiti et leurs enfants. Des représentations de la vie ordinaire pour le moins originales dans l'art pictural égyptien, qui rendent Akhenaton éminemment sympathique et ont fait dire à Cyril Aldred qu'il était avant tout « le bon souverain qui aime l'humanité. »



 

- Akhenaton. Du mystère à la lumière de Marc Gabolde. Éditions Découvertes Gallimard. 2005. (Extraits - PDF - 24p.) 





- Akhénaton de Dimitri Laboury. 2010. Éditions Pygmalion.  (Extraits - PDF - 4p.)  



Vidéos :

- L'Égypte des dieux, de Stephan Koester et Daniel Gerlach, 2010. (92 mn - TS - 3,04 Go.) L'Égypte et ses dieux à travers le règne d'Akhenaton et de Ramsès II.  

- Néfertiti - le Buste de la discorde, de Grit Lederer, 2022.(52 mn - MKV - 5,1 Go.) Des voix s'élèvent en Égypte, mais aussi en Allemagne, pour persuader l'opinion publique de la nécessité de  restituer définitivement le célèbre buste aux autorités égyptiennes. Mais les conservateurs du Neues Museum de Berlin, où siège depuis 1924 la figure historique de Néfertiti, sont loin d'être de leur avis...


Notes :

(1) Akhénaton de Dimitri Laboury. 2010. Éditions Pygmalion.  

Dimitri Laboury s'est donné pour ambition d'écrire une biographie du pharaon Akhenaton en évitant les hypothèses infondées et spéculatives, auxquelles l'historien peut inconsciemment succomber, pour donner plus de corps à son récit. C'est une difficulté majeure que de relater et de retracer la vie d'un personnage historique, dont il ne reste que des bribes de traces et de témoignages. Vouloir combler les trous est une tentation à laquelle Dimitri Laboury ne cède pas. Comme il l'écrit lui-même, il s'agit avant tout d'une biographie archéologique, dans laquelle il prend soin de ne pas émettre d'hypothèses sur ce que l'on ne sait pas d'Akhenaton. S'en tenir aux seuls faits archéologiques, telle est la ligne de conduite à laquelle l'égyptologue s'est tenu. L'histoire a justement montré qu'au cours du XXe siècle, Akhenaton a été, selon les époques, diversement décrit, à la fois  pacifiste, mystique, humaniste ou despote, suivant l'idéologie du moment... Cette réappropriation de la figure d'Akhenaton démontre que, dans l'Occident contemporain, l'écriture de l'Histoire est souvent et largement tributaire de l'histoire des grands événements et des idées. Dimitri Laboury s'est donc attelé à cerner Akhenaton dans son authenticité, en basant son récit uniquement sur les sources archéologiques. C'est une œuvre dense, fouillée, pointue, tout à l'honneur du plus célèbre et fascinant des pharaons.

(2) Akhenaton roi d'Égypte de Cyril Aldred. 1997. Éditions Du Seuil, p. 21.

(3) Ibid., p. 113.

(4) Départ choisi ou subi ? Selon l'égyptologue Marc Gabolde, c'est le clergé de Thèbes, qui défendait le culte d'Amon-Rê et jouissait d'un pouvoir autonome, capable de contrecarrer les ambitions du souverain, qui obligea finalement Amenhotep IV à quitter la capitale religieuse, hermétique à ses idées religieuses novatrices. (Gabolde, Akhenaton, p. 43.)

(5) Pour Dimitri Laboury, l'Horizon-de-l'Aton est défini comme « le lieu d'apparition du dieu ici-bas,  à la fois sa place de la première fois (soit le lieu de la création) et le point de convergence entre le céleste et le terrestre (soit l'horizon dans la conception égyptienne), où la divinité peut se manifester dans le monde des humains. » (Laboury, Akhénaton, p. 239.)

L'égyptologue Marc Gabolde note, quant à lui, que, pour les Egyptiens, l'horizon n'est pas « la ligne d'horizon séparant le ciel de la terre (...), [mais] le point précis où le soleil se lève ou se couche. » (Akhenaton. Du mystère à la lumière. p. 42.)

(6) Laboury, Akhénaton, p. 168.

(7) Gabolde, Akhenaton, p. 51.

(8) Laboury, Akhénaton, p. 217.

(9) Comme l'écrit Cyril Aldred, « tout pharaon était un dieu grâce auquel vivaient les hommes ; à lui tout seul, il était le père et la mère de l'humanité, lui seul et sans rival. » Akhenaton, p. 299. 

À ceux qui aimeraient en apprendre davantage sur l'histoire de l'Égypte antique, je conseille vivement les ouvrages de Claude Traunecker, Jan Assmann, Marc Gabolde, Christiane Desroches-Noblecourt, et d'Erik Hornung, pour n'en citer que quelques-uns parmi la longue liste d'égyptologues qui ont consacré toute leur existence à l'étude de cette éblouissante civilisation.

Kermite.



Liens : 


Documentaire : https://1fichier.com/?3qrs6dkt1o93ragoa2yo

Bonus : https://1fichier.com/?mzm5e665f5exg1fxo1sz

samedi 20 août 2022

Le Baron de Crac - Karel Zeman, 1961 - VOSTFR






Bien avant que l'homme ne mette effectivement les pieds sur la Lune un certain 21 juillet 1969, bien avant même qu'il ne conçoive des machines volantes ou autres vaisseaux futuristes capables d'un tel exploit, des poètes, écrivains ou philosophes ont célébré par l'imagination la réussite d'un aussi périlleux voyage. Il y a presque deux mille ans, le satiriste et écrivain grec, Lucien de Samosate imagine dans Icaroménippe un envol vers la lune à la seule force des bras. Ménippe, héros de ce savoureux dialogue philosophique, explique à son ami comment il réussit à dépasser le rêve d'Icare (1) et à voler au-dessus des nuages. L'idée est d'une simplicité naturelle. Grâce à un système de courroie, il attache une aile d'aigle sur son épaule gauche, une aile de vautour sur son épaule droite, et peut ainsi s'affranchir facilement de la pesanteur en battant des ailes !

Sous ses allures de fable poétique, Icaroménippe brosse une critique féroce des philosophies de l'Antiquité, de leur dogmatisme, et de leur prétention à vouloir donner une explication du monde.

En s'élevant vers la Lune, Ménippe ambitionne de mieux comprendre la nature des astres et d'appréhender le mystère des choses. La distance qui le sépare de la Terre lui permet de saisir le  théâtre de la vie dans toute son étendue, de poursuivre un voyage intérieur en s'adonnant à la  contemplation. Un voyage céleste qui s'inscrit dans une quête de la connaissance, et s'affirme d'emblée comme une voie vers la sagesse.

Au XVIIe siècle, l'évêque anglais Francis Godwin poursuit et perpétue la tradition des voyages imaginaires en écrivant l'Homme sur la Lune. Ce sémillant roman picaresque, publié après la mort de l'auteur en 1638, relate les fabuleuses aventures de Domingo Gonzales, aristocrate espagnol et infatigable voyageur. Après moult péripéties rocambolesques, il construit une drôle de machine volante tirée par des oies qu'il a lui-même dressées, prend son envol vers la Lune et s'y échoue.



Domingo Gonzales à bord de sa drôle de machine volante tractée par des oies. Un bien étrange ballet en route pour la Lune...



Il y fait la connaissance de ses habitants, les lunaires, géants de 20 pieds, dont l'espérance de vie est proportionnelle à leur taille, et qui s'assoupissent à la lumière du soleil  ! La Lune telle que l'imagine Francis Godwin est le reflet d'un monde utopique. On y trouve des pierres précieuses à profusion et une société idéale et rêvée, d'où les vices et crimes sont exclus. La Lune paraît nimbée d’une nuée de fantasmes. Pourtant, le roman de Francis Godwin est traversé par le souffle d'une certaine modernité scientifique et porte déjà l'Esprit de la Renaissance. Il pose pour principe acquis l'héliocentrisme du chanoine Copernic, et développe une certaine idée de l'attraction terrestre, qui trouvera chez Isaac Newton son expression mathématique dans la loi de la gravitation. (2)

Contemporain de Francis Godwin, l'écrivain français Savinien de Cyrano de Bergerac poursuit avec panache la longue tradition des voyages imaginaires, en écrivant Les États et Empires de la Lune. (3) Publiée par son ami Henry Le Bret, deux ans après sa mort en 1657, cette œuvre inclassable se démarque par l'originalité de son ton et la hardiesse de ses discours philosophiques. Le narrateur embarque dans une machine portée par des fusées à poudre, qu'il finit par quitter en cours de route, et se laissera choir sur la lune grâce à la moelle de bœuf dont il s'était au préalable induit le corps, et que la lune aspire à sucer dans son inévitable attraction.


Une cabine propulsée par des gros pétards pour conquérir la Lune. 



La lune est le lieu privilégié où s'exerce une liberté d'imagination et de penser qui n'existe pas sur Terre. Les États et Empires de la Lune est un conte philosophique où science et fiction se mêlent intrinsèquement pour célébrer le pouvoir et les puissances de l'imagination. Il met en scène une pléiade de personnages, tous animés d'une insatiable curiosité intellectuelle, discourant librement sur à peu près tous les savoirs de l'époque. 

À travers leur voix, Cyrano de Bergerac n'hésite pas à remettre en question l'autorité religieuse et les fondements métaphysiques d'une cosmologie qui peine à évoluer depuis deux millénaires.  La portée scientifique de l'œuvre y est d'autant plus vive qu'elle s'inscrit dans une époque où la Révolution Copernicienne est déjà en marche. Les Cieux sont loin d'être aussi incorruptibles que l'Église l'affirme. La Terre, (et l'Homme en conséquence), n'est plus le centre d'un Univers harmonieux, fini et bien ordonné. Johannes Kepler et Galilée vont porter le coup de grâce à l’ordre cosmique traditionnel. C'est désormais toute l'étendue des mondes infinis qui s'impose aux esprits.

En lisant certains passages des États et Empires de la Lune,  j’ai été frappé d'y trouver une vision de notre univers d'une étonnante modernité. Le narrateur y affirme ainsi  « que les planètes sont des mondes autour du Soleil, et que les étoiles fixes sont aussi des Soleils qui ont des planètes autour d'eux, c'est-à-dire, des mondes que nous ne voyons pas d'ici à cause de leur petitesse, et parce que leur lumière empruntée ne saurait venir jusqu'à nous.» (4)
Et un peu plus loin, sur la probabilité qu'il existe réellement une kyrielle de mondes que nous ne pouvons voir   : «Il faut donc croire que, comme nous voyons d'ici Saturne et Jupiter, si nous étions dans l'un ou dans l'autre, nous découvririons beaucoup de mondes que nous n'apercevons pas, et que l'univers est à l'infini construit de cette sorte.» (4)


Au final, la clef de cette œuvre, aussi originale que fantaisiste, réside peut-être dans l'affirmation que tout homme est libre d'imaginer ce qu'il voudra. Cyrano de Bergerac s'y affirme comme un authentique libre-penseur en combattant toute forme de dogmatisme. Mais il ne cherche pas à supplanter la doxa officielle par ses propres théories, érigées comme des vérités intangibles. Ce qu'il nous propose est un questionnement sans fin, prompt à remettre en cause toutes nos certitudes et à nourrir et raviver inlassablement notre esprit critique.

                                                           &           &

                                                                   &                                                    


Si écrivains et philosophes ont perpétré, par leur imagination, la tradition des voyages lunaires, elle a aussi fasciné et inspiré les cinéastes qui en ont fait leur sujet de prédilection. Parmi eux, Karel Zeman tient dans mon cœur une place de choix, parce qu'il est probablement celui qui rend le plus bel et juste hommage à tous ces rêveurs de l'espace qui ont déployé tant de fantaisie, d'humour et de poésie pour concevoir et imaginer un voyage vers la Lune. Quoi de plus naturel alors que de convoquer Cyrano de Bergerac et le Baron de Münchhausen, qui en sont les plus dignes représentants, et de les réunir dans un film qui fait la part belle à l'imagination et à la rêverie ? C'est ce à quoi s’est dévoué Karel Zeman dans Baron Prášil, sorti en France sous le titre Le Baron de Crac. (5)

Le Baron de Crac est en effet une adaptation pleine de fantaisie du roman de Gottfried August Bürger. Karel Zeman s'en est donné à cœur joie avec un personnage aussi pittoresque et bigarré. Il y a mis toute sa verve, son inspiration et son savoir-faire, rendant la panoplie de ses savoureux trucages encore plus inventive et originale. Tout est bon pour faire illusion et entraîner le spectateur dans de délicieux trompe-l'œil.

Il faut dire que Karel Zeman est alors au sommet de son art quand il réalise en 1961 Baron Prášil . Celui qui fut le plus célèbre représentant de l'école tchèque d'animation fait preuve ici d'une imagination et d'une maîtrise formelle stupéfiantes. L'univers bariolé du cinéaste atteint un degré de perfection qu'il ne retrouvera jamais plus par la suite. Dans Le Baron de Crac, l'art du trucage est mis au service d'un traitement expérimental de la couleur. La variété et le velouté des tons utilisés, tels des épices, donnent toute la saveur au film et sont comme un clin d'œil au cinéma de Georges Méliès et à l'époque pionnière des effets spéciaux, où l’on prenait le temps de colorier la pellicule à la main, image par image. Toute la flamboyance du cinéma dans son essence même. 


Rencontre insolite et surréaliste sur la Lune. Un tableau pittoresque en forme de clin d'œil à Jules Verne et son roman, De la Terre à la Lune. 



Mais ce qui est admirable chez Karel Zeman, ce sont les émotions qu'il est capable de provoquer avec ses trucages. Car l'émotion ne naît pas de la profondeur psychologique des personnages, mais de l'image elle-même tout entière et des richesses esthétiques employées afin de créer des tableaux picturaux d'une étrange et féérique beauté.

La magie de Karel Zeman suit le postulat que la fantaisie d'une histoire, d'un scénario, exige un traitement cinématographique tout aussi fantaisiste. « La fantaisie de l'histoire exige aussi la fantaisie de l'image. » (6) Toute la prouesse de Karel Zeman sera de faire évoluer de vrais acteurs dans un univers irréel et insolite, et de faire astucieusement accepter au spectateur l'invraisemblable : si tout est irréel, alors tout est possible.

Karel Zeman convie Jules Verne, Cyrano de Bergerac et le Baron de Münchhausen dans un récit haut en couleurs, riche en péripéties. L'utilisation d'une voix off ne doit pas masquer le fait que la structure du film renvoie aux premiers âges du cinéma muet. Très peu de dialogues. Les acteurs, fleurons de la scène théâtrale tchèque, trouvent un terrain de jeu proche de la pantomime et du ballet. 



L'humour cartoonesque dans sa désopilante expression. 


Pour accentuer la dimension comique propre au Baron de Münchhausen, les gags abondent, l'humour le dispute au dérisoire, et parfois le ton se fait plus satirique. Le film prend alors l'allure d'un pamphlet antimilitariste.

Le Baron de Crac concrétise le style de Karel ZEMAN dans toute sa splendeur. C'est une œuvre maîtresse qui échafaude un nouveau langage cinématographique et se présente, dans sa magnificence, comme l'incarnation d'un rêve éveillé.



Édité chez Criterion, le film bénéficie d'une nouvelle et superbe restauration 4K. La meilleure. L'image est exceptionnelle, incroyablement nette, limpide et détaillée, et les couleurs sont justes splendides.

Source : Blu-ray US - Édition 2020 Édition Criterion

Les sous-titres en français sont issus du DVD le Baron de Crac édité chez Malavida Films.

(1) Le mythe d'Icare rapporté par Ovide, peut-être vu comme le premier mythe de la conquête du ciel. Dédale et son fils Icare sont prisonniers du roi de Crète, Minos. En s'appuyant sur l'observation des oiseaux, Dédale confectionne des ailes en cire avec lesquelles ils vont s'évader. Mais grisé par le vol et se rapprochant toujours plus du soleil, Icare verra ses ailes fondre, et chutera mortellement dans la mer qui prendra son nom.


(2) On imagine mal aujourd'hui les efforts déployés par Nicolas Copernic pour mettre un terme à deux millénaires de tradition géocentrique. Il est évident que l’héliocentrisme n’allait nullement de soi au 16e siècle. Ce à quoi s’oppose Copernic, c’est avant tout au bon sens avec lequel on acceptait l’évidence de l’immobilité de la Terre et du mouvement des Cieux. L’expérience commune nous apprenait sans conteste que la Terre ne bougeait pas, puisque physiquement, nous ne ressentions pas l’impression d’être en mouvement. Ce sens commun sur lequel se fonde toute la physique aristotélicienne est accrédité et corroboré par les Écritures Saintes, où il est dit que Dieu, pour favoriser la victoire de Josué, retint un jour entier le soleil au milieu du ciel. Remettre en cause le géocentrisme revenait à remettre en question tout un ensemble de traditions qui dépassaient de très loin le strict cadre de l’astronomie. Avec Copernic, c’est tout un monde qui s’écroule, avec toutes les implications religieuses, morales et cosmologiques qu’un tel changement de paradigme implique. L’immutabilité des Cieux et la perfection supraterrestre des astres disparaissent et cèdent leur place à un monde décentralisé et déroutant, où le « bas » et le « haut » ne sont plus absolus, où la Terre, subitement projetée dans les Cieux, obtient le même statut que celui des autres planètes. Les conséquences religieuses de l'héliocentrisme bouleversent entièrement la hiérarchie des Cieux du cosmos médiéval et antique : la région “supra-céleste” domaine de Dieu, n’existe plus, de même que l'Enfer, et avec lui, ses royaumes infernaux et ses cortèges de Damnés. Copernic a bel et bien, sapé l'ordre cosmique traditionnel dans ses fondations et lui a substitué une nouvelle structure hiérarchique dans laquelle le Soleil occupe une place centrale. Curieusement, si l’Univers de Copernic est héliocentrique, son astronomie ne l’est aucunement. Les mouvements planétaires ne se rapportant pas au Soleil, mais au centre de l’orbe terrestre. C’est à l’astronome Johannes Kepler, auteur des lois des mouvements planétaires, que reviendra la tâche de faire de l'héliocentrisme copernicien, non plus un simple principe d'ordre, mais un principe explicatif et physique.

Pour ceux que la Révolution copernicienne intéresserait, je conseille les travaux monumentaux d'Alexandre Koyré qui se consacra, en archéologue, à l'évolution de la pensée scientifique. Un livre indispensable, pointu, mais très accessible : Du monde clos à l'univers infini. Édition Gallimard. 1988.



(3) La publication des États et Empires de la Lune constitue un véritable casse-tête pour les critiques littéraires et historiens, du fait qu'il en existe actuellement quatre versions, dont trois manuscrites et une imprimée datant de 1657, laissant apparaître des différences et variantes qui interpellent. Ainsi, l'édition posthume de 1657 présente des modifications qui laissent penser qu'elle a été vraisemblablement modifiée et censurée par son ami Henry Le Bret qui, en tant qu'éditeur, ne voulait pas d'une œuvre trop compromettante, et l'a expurgée de certains passages jugés trop audacieux. Ce premier roman sera suivi d'une suite, (considérée par beaucoup comme telle) restée inachevée et parue sous le titre, Les États et Empires du Soleil. Les deux romans sont d'ailleurs souvent publiés ensemble, sous le titre de L'Autre Monde ou Histoire Comique des États et Empires de la Lune et du Soleil.

Pour les débats liés autour de la publication des États et Empires de la Lune, voir la controverse qui oppose Madeleine Alcover à Jacques Prévot.

https://journals.openedition.org/dossiersgrihl/5079#ftn5

(4)Les États et Empires de la Lune. Les Éditions de Londres.2014. Page 23.

(5) Le Baron de Crac, issu des traditions gasconnes, est une déclinaison française des aventures du Baron De Münchhausen. Les célèbres exploits allemands du Baron de Münchhausen, qui furent traduits au XVIIIe siècle en France par Saint Hilaire le Gai, se heurtèrent bien vite aux traditions des Gasconnades. Au théâtre, celles-ci mettaient en scène des personnages comiques, hâbleurs et vantards à souhait, contant leurs exploits imaginaires avec la gouaille qu'on leur connaît. Ainsi, le Baron de Münchhausen fut rapidement mis à la sauce gasconne et prit le titre de Baron de Crac. Le nom lui-même est une gasconnade (dans le Sud-Ouest de la France, beaucoup de noms se terminent en -ac) et la principale activité de ce Baron joyeusement fanfaron est de raconter des cracks. Le Baron de Crac éclipsa le Baron de Münchhausen et s'imposa en France jusqu'à la moitié du XXe siècle.


(6) Revue Image et Son, n°194. Mai 1966.



Bonus : 

Dommage que les bonus figurant dans le DVD édité chez Malavida Films soient aussi courts, car ils sont passionnants. On y trouvera pêle-mêle des témoignages de Karel Zeman et de sa fille, ainsi qu'une apparition furtive de l'acteur tchèque, Milos Kopecky.



Vidéos : 


- Film Adventurer Karel Zeman est un documentaire sur Karel Zeman en VO uniquement. (Tchèque sous-titré en anglais)  (Remux Blu-Ray - Mkv - 102 mn)

- Pourquoi Karel Zeman a-t-il tourné ce film ? (Remux DVD - Mkv - VOSTFR - 4mn)

- Les acteurs. (Remux DVD - Mkv - VOSTFR - 3mn)

- Effets Spéciaux (Remux Blu-Ray - Mkv - 4mn)

- Karel Zeman la légende continue. (Remux DVD - Mkv - VOSTFR - 3mn) 

- Echoes of colors (Remux DVD - Mkv -  5mn) Un petit montage réalisé à partir d'images du film sur une musique du quatuor de clarinettes tchèque, Clarinet factory.



Audio : 


-Karel Zeman, le Méliès Tchèque. Extrait de Radio Prague International. (MP3 - 12mn)

-Retour sur l'œuvre de Cyrano de Bergerac.(France Culture - Flac - 29mn)


Revues  : 



-Cinéma 66, n°106.Mai 1966. Le Baron de Crac. Critique de Pierre Philippe. (PDF - 2p)





-Image et Son, n°194.Mai 1966. Karel Zeman s'explique (trop) brièvement sur  l'esthétisme de ses films. (PDF - Extraits - 6p)




-Midi Minuit Fantastique n°15-16. Décembre 1966. Les entretiens avec Karel Zeman ne sont pas légion, et c'est un plaisir de pouvoir lire cette interview dans laquelle il parle de lui et de son travail de cinéaste. Il nous explique, ici, sa façon de faire des films, en dévoilant, au passage, quelques-uns de ses trucages, et nous expose, plus généralement, sa conception artisanale du cinéma. C'est une interview donnée en 1966 à Bruxelles, au bar de l'Arenberg, dans une ambiance chaleureuse, bousculée par la présence d'un inopportun qui s'invite à la discussion au culot ! (PDF - Extraits - 8p)









- Positif. 77-78. Juillet 1966. (PDF - Extraits - 2p)







- L'Écran Fantastique n°281. Novembre 2007. Karel Zeman magicien de l'image. (PDF - Extraits - 3p) 




- Positif n°647. Janvier 2015.





- Jeune Cinéma n°3-4. Décembre 1964. (PDF - Extraits - 4p)



- Le Baron de Crac par Jean-Gaspard Palenicek (PDF -6p)



Sur Cyrano de Bergerac, quelques articles riches en enseignements. 

-Cyrano de Bergerac, entre science et fiction, par Claudine Nédelec. Extrait de L'Information Littéraire.2005.Vol 57. (PDF - 9p)

-Cyrano de Bergerac, ou l'homme qui avait la tête dans les étoiles, par Jacques Prévot. Extrait de la revue  Littératures classiques.1991.(PDF - 18p)

-Raison et invention dans Les États et Empires de la Lune et  du Soleil : du discours scientifique au discours littéraire, par Maria Susana Seguin. Extrait de la revue  Littératures classiques.2004. Supple.53. (PDF -14p)

-Machines volantes, machines du monde et machination romanesque dans  Les États et Empires de la Lune et  du Soleil, par Sylvie Requemora. Extrait de la revue  Littératures classiques.2004. Supple.53. (PDF -17p)




Livres : 


- Lucien de Samosate. Icaroménippe, ou le voyage au-dessus des nuages. Extrait des œuvres complètes. Tome 2. Éditions Hachette.1912. Annoté et traduit par Eugène Talbot. (PDF - 18p) Pour faire mieux connaissance avec Lucien de Samosate, j'ai rajouté l'introduction écrite par Eugène Talbot et extraite du Tome 1. (PDF - 22p)


- Francis Godwin : l'Homme dans la Lune. Traduction de Jean Baudoin,1604. Les Éditions de Londres.2014.  (PDF - 70p)

- Les États et Empires de la Lune, de Cyrano de Bergerac. Les Éditions de Londres.2014. (PDF - 112p)

-Les États et Empires du Soleil, de Cyrano de Bergerac. Les Éditions de Londres.20.  (PDF - 88p)




Liens : 



Film : 

https://1fichier.com/?lvhvvpqmgm52xav4g6mf

(Remux Blu-Ray - MKV - Vostfr + St anglais -21,8 Go)

Bonus : 

https://1fichier.com/?s2l82hzp5cm5rhhibx63


Kermite.