samedi 6 février 2021

The Thief of Bagdad - 1940 VOSTFR - Ludwig Berger - Michael Powell - Tim Whelan








Synopsis :  Les destins mêlés d'un prince déchu, d'un vizir, d'une princesse et d'un petit voleur, animent avec bonheur ce voluptueux conte fantastique.


Dès les premières images, The Thief of Bagdad pose les jalons d’une histoire dont on sait qu’elle finira bien. Tout est déjà couru d'avance, la princesse retrouvera son cher et tendre amoureux, malgré les intentions malfaisantes d'un vizir aux pouvoirs magiques. La recette est simple, mais la sauce prend à chaque fois. Finalement, peu importe que l’on sache que tout finira bien, l’essentiel est ailleurs. Dans le panache et la flamboyance des couleurs, qui offrent un spectacle visuel éblouissant. Voilà un plaisir des sens étourdissant auquel la magie du cinéma nous convie. Tourné en Technicolor, le film offre une impressionnante panoplie de tons multicolores, prêts à enflammer vos pupilles, et desquels émane une poésie naturelle, incroyablement vivante. Les palais sont d'un parme affriolant, les cieux d'un bleu azur d’une profondeur affolante. Soit dit en passant, vous pourrez jouir du spectacle merveilleux d'un défilé d'éléphants roses, sans user de la moindre substance hallucinogène !

Costumes bigarrés et décors chamarrés expriment les fastes d'un Orient idyllique et exubérant. Bagdad et Bassorah sont deux cités aux charmes envoûtants. Le travail admirable du chef opérateur Georges Périnal, les esquisses picturales de Vincent Korda, ainsi que les décors fabuleux de William Cameron Menzies, y sont évidemment pour beaucoup ! La technique utilisée pour certains décors, le matte painting, ou peinture sur verre, offre des effets de perspective d’une profondeur saisissante. Ajoutez à cela que sont ici réunis les meilleurs spécialistes des effets spéciaux, et vous aurez une petite idée de la qualité et du soin apportés au film. Je ne suis pas du tout d'accord avec certains critiques qui, aujourd'hui, trouvent ces effets spéciaux vieillots et dépassés. Les transparences et incrustations, je les trouve plutôt réussies, et la scène du cheval mécanique effleurant les dômes de la cité exhale une poésie surréaliste et un charme inouï. Mais que voulez-vous, il est de bon ton, à notre époque, de juger à l'aune de nos ordinateurs et des images de synthèse, toujours plus pointues, et de largement sous-estimer le travail artisanal des productions vintages, qui offrent pourtant un spectacle visuel d'une beauté hallucinante.


L'envol féérique du cheval enchanté, planant majestueusement sur les dômes de la cité.
 

Producteur hongrois exilé en Grande-Bretagne, Alexander Korda engagea des moyens faramineux pour réaliser cette superproduction britannique. Il avait réussi à créer en Angleterre sa propre société de production, la London Films et ses propres studios à Denham, les plus grands d'Europe. Ce magnat du cinéma a, par son aura, sa culture, son amour de l'art, activement concouru au redressement de l'industrie cinématographique anglaise, écrasée par la concurrence des films hollywoodiens, en réunissant autour de lui, une fine équipe d'artistes, de décorateurs, d'architectes, de compositeurs, de cameramen, d'opérateurs, de techniciens, ayant foi dans l'indépendance du cinéma britannique. Son rôle fut prépondérant dans l'essor de l'industrie cinématographique britannique. Le tournage du film fut agité et interrompu à la déclaration de guerre, en septembre 1939. À ce moment, les studios de Denham furent réquisitionnés pour l'effort de guerre, et les films commandés par le Ministre de l'Information, furent essentiellement des films de propagande. L'industrie cinématographique anglaise était devenue une arme de guerre.

Délocalisé aux États-Unis, le tournage se termine dans les studios de la United Artists. Plusieurs réalisateurs participent à l'élaboration du film. Alexander Korda fit appel à Ludwig Berger, réalisateur allemand, mais très vite des dissensions apparaissent entre les deux hommes. L. Berger qui voulait un film en noir et blanc, avait l'intention de faire travailler un compatriote allemand pour la partition musicale. Ses méthodes de travail déplurent à A. Korda qui engagea alors Michael Powell et Tim Whelan pour le suppléer, et la partition musicale fut finalement l'œuvre de Miklos Rozca, compatriote hongrois d'Alexander Korda, devenu l'un des plus célèbres compositeurs de musique de films. 



Jaffar, ou la puissance magnétique du regard. Conrad Veidt en maître de l'hypnose.  

 

Ce qu'il y a d'étonnant dans cette superproduction, c'est le manque criant de planification, et la large part d’improvisation dans la mise en œuvre du scénario. À propos du tournage, M. Powell écrivait : 

«Quand je pense à la manière dont nous avons tourné ce film, en improvisant l’histoire et l’action, jour après jour, je l’admire et m’émerveille encore.» (Positif, n°478)


Dans le documentaire, Sabu, l'ami des éléphants, l'acteur John Justin racontera que lors du tournage d'une scène avec Sabu dans un souk, ils devaient subitement s'arrêter en pleine action, sans qu'ils en comprennent la raison. En fait, la raison, c'est qu'il n'y avait plus de script ! Il fallait attendre que l'histoire s'écrive ! Il y a, dans ces conditions, de quoi être émerveillé quant au résultat obtenu !



The Thief of Bagdad  brasse tous les ingrédients du film d'aventures exotique. Conrad Veidt, au regard magnétique, offre dans le registre du magicien maléfique, une présence scénique impressionnante. Mon Dieu, quel regard hypnotique ! Le jeune Sabu, véritable boule d'énergie, écrase le film de toute sa vivacité et de toute sa malice. En fait, à bien y songer, le véritable héros, c’est lui. Gracieux, agile, naturel, il apporte une allégresse juvénile ô combien rafraîchissante. Sa présence, il la doit bien sûr à ses talents, mais aussi au documentariste et au cinéaste Robert Flaherty, qui le repéra en 1936, alors qu'il parcourait l’Inde en quête d'un jeune garçon qui serait le héros de son prochain film, Elephant Boy, basé sur l'une des nouvelles du Livre de la jungle, de Rudyard Kipling. Il tombe alors sur Sabu, jeune cornac de 10 ans, possédant une confiance et une maturité hors du commun, un physique et une musculature plutôt développés pour son âge. Et le plus étonnant, c'était qu'il était doué d'un véritable instinct d'acteur ! Robert Flaherty l’engage sur-le-champ. Voilà le jeune Sabu quittant son Inde natale pour embarquer jusqu’aux portes du studio de Denham, en Angleterre, où il rencontre pour la première fois Alexander Korda. Ce qui frappe, c’est la simplicité et l’humilité de ce jeune homme fraîchement débarqué. Dans la revue Cinémonde du 7 juillet 1938, à la question de savoir quels étaient ses projets après avoir tourné Elephant Boy, Sabu eut cette réponse laconique, presque lunaire :  «Je veux être électricien' dans les studios de M. Korda.» (!) L’avenir lui réservera cependant une tout autre trajectoire. Même si Hollywood ne lui permettra pas d'avoir des rôles de premier plan, ses talents seront souvent mis à profit dans des productions de films exotiques. Michael Powell fera encore appel à lui dans Le Narcisse Noir, en 1947. Entre eux, naîtra une véritable amitié, sincère et durable, jusqu'à la mort prématurée de Sabu, à l'âge de 39 ans.



Abu face à l'araignée géante. Muni d'une épée et de son courage. 




Loin de n'être qu'un divertissement, le film propose une réflexion sur le regard et la thématique de la représentation, à laquelle Michael Powell semble particulièrement sensible. D'emblée, il y a cet œil figurant sur la proue du bateau du magicien Jaffar, un œil démesuré, inquiétant, symbole de sa toute-puissance hypnotique, semblant jeter sur le monde un regard omnipotent et terrifiant. Une manière de dire que l'œil, le regard, constituent les éléments fondateurs, primitifs, par lesquels cette histoire nous parvient. Peut-être aussi, est-ce une façon symbolique de nous faire comprendre que la pratique du cinéma elle-même s'assimile à une forme de voyeurisme. Ainsi, le troisième œil qui permet de tout voir et dont le jeune Abu doit s'emparer, représente-t-il le fantasme absolu pour tout cinéaste, une manière d'entrer par effraction dans l'intimité de chacun. L'œil de la caméra offre la possibilité de tout voir, par-delà les frontières physiques et morales.

L'obsession du regard est une thématique récurrente chez Michael Powell, comme un leitmotiv, elle reviendra constamment à travers ses films. Cette psychose du regard trouve dans la scopophilie une expression artistique, particulièrement féconde et nourricière. Pour reprendre les termes de Raymond Lefevre, qui a écrit avec Roland Lacourbe, 30 ans de Cinéma Britannique, le cinéma est ainsi vu et compris, chez Michael Powell, comme une «prise de possession du monde par le regard». Telle est sa vision du cinéma, et de la vie.


 La puissance maléfique du génie, (incarné par l'acteur Rex Ingram), face à la ruse et à l'intelligence du jeune Abu (Sabu).



The Thief of Bagdad est le film idéal à voir en famille. Djinn, tapis volant, araignée géante, cheval volant, crinière aux vents, enrobent avec bonheur ce conte oriental fantastique et nous offrent un grand moment d’évasion. Le genre de film qui fouette nos idées noires et nous aide à retrouver notre âme d'enfant. 



Bonus : 


- Un dossier technique plutôt bien fourni sur le film, The Thief of Bagdad.   (PDF -15p)


- Télérama du 2 décembre 1998 : Le maître anglais, par Jean-Claude Raspiengeas. (PDF - 2p) Trouvé dans mes archives personnelles, un vieux numéro de Télérama rendant hommage au maître anglais. Arte diffusait ce soir là, une thématique Michael Powell.



- Extrait des revues Écran n°76 et 77, dans lesquelles Michael Powell, interviewé par Roland Lacourbe, revient sur sa filmographie et sa collaboration avec Emeric Pressburger, qui aura été pour Michael Powell bien plus qu'un compagnon de route : un véritable alter ego. ( PDF-19p)





- Une vie dans le cinéma par Michael Powell, une autobiographie traduite de l'anglais par Jean-Pierre Coursodon.  (Institut Lumière/Acte Sud 1997) J'ai scanné la très belle préface de Bertrand Tavernier, ainsi que deux autres passages du livre concernant directement la production du film, The Thief of Bagdad : la rencontre de Michael Powell avec Alexander Korda, et le tournage mouvementé du film. (PDF - 20 p)








- Midi-Minuit Fantastique n°20 (octobre 1968) où, pour la première fois, Michael Powell est interviewé par Bertrand Tavernier, pour le compte de la revue Midi-Minuit Fantastique.  (PDF - 10p)




-
Positif n°532(juin 2005) : parmi les trois articles de fond consacrés à Michael Powell,  le témoignage de Martin Scorsese a ma préférence. Il évoque, non sans émotion, comment les films de Michael Powell ont constitué 
pour l'enfant qu'il a été, une fascinante et envoûtante expérience.  (PDF- 10p)




- La revue du cinéma n°251 (juin/juillet 1971)   (PDF - p) L'historien du cinéma, Roland Lacourbe, nous présente les grandes lignes thématiques qui parcourent l'œuvre de Michael Powell. C'est une excellente introduction à l'œuvre de Michael Powell, avec en prime, une très belle analyse du film The Thief of Bagdad. (PDF - 19p)



- Anthologie du cinéma : Alexander Korda (PDF- 21p)  Peter Cowie signe cette petite biographie d'Alexander Korda, figure légendaire emblématique du cinéma.

 




- Ciné Kino, cette série documentaire, consacrée au cinéma européen, se propose ici de jeter un regard furtif sur le cinéma britannique. C'est une émission un peu foutraque et fourre-tout, un drôle de mélange hétéroclite, où l'on passe souvent du coq à l'âne. L'emblématique James Bond, prototype du héros impérial, y côtoie ainsi Ken Loach, Stephen Frears, Emeric Pressburger ou Michael Powell ! Une (trop) brève histoire du cinéma anglais, un peu légère, bien trop succincte, mais toujours instructive. (HDTV - Ts - 27 mn - VF )


-Sabu, l'ami des éléphants (Vostfr - Remux DVD -50 mn)

Ce documentaire épatant, riche en anecdotes, interviews et extraits de films, brosse un portrait attachant du jeune Sabu, mort prématurément d'une crise cardiaque à l'âge de 39 ans. Ce jeune Indien se destinait à suivre les traces de son père en tant que cornac dans l'écurie du Maharadja de Mysore. Mais R. Flaherty le repéra, et sa vie en fut entièrement bouleversée. Avec ses airs de prince indien, il connaît en Angleterre une carrière fulgurante, sous la houlette du producteur, Alexander Korda, avant d'émigrer pour les États-Unis, qui seront finalement son pays adoptif. D'un point de vue artistique, Sabu n'a pourtant jamais pu trouver à Hollywood  les premiers rôles qu'il était en droit d'espérer. Figée dans ses préjugés raciaux, l'industrie du cinéma n'a jamais permis aux acteurs d'origine asiatique, de tenir le haut de l'affiche. Sabu, de par ses origines, fut malheureusement cantonné à des rôles secondaires, dans des films exotiques. Il restera, dans l'esprit du public, celui qui fut avant tout, l'ami des éléphants.


- Cinémonde n°507 (juillet 1938)  nous emmène faire la connaissance de Sabu, qui a su très vite devenir en Angleterre un parfait gentleman. (PDF -1p)

- Quand Churchill fait son cinéma. (HDTV -Ts - 58 mn)

Plus que les coronas et les cigares, Alexander Korda et Winston Churchill  partageaient une indéfectible amitié, qui a pour une large part scellé l'essor de l'industrie cinématographique britannique. Passionné par les films historiques, Winston Churchill était un cinéphile averti, et en tant que politicien et homme d'État, avait parfaitement pressenti le rôle capital, fondamental, alloué au 7eme Art pendant la guerre. Il avait bien sûr compris que le cinéma, simple objet de divertissement, pouvait se transformer en une arme de propagande redoutablement efficace, et modeler les consciences. Durant le deuxième conflit mondial, l'industrie du cinéma anglais est ainsi devenue le fer de lance d'une guerre idéologique, un instrument de propagande, capable d'influencer les masses et de transformer les opinions. Le voyage d'Alexander Korda aux États-Unis en 1940, où il tourna Lady Hamilton, a ainsi servi les desseins de Churchill, qui avait pour ambition de retourner l'opinion publique américaine, très largement isolationniste et rétive à entrer en guerre, et d'établir un rapprochement entre Anglais et Américains, en vue d'obliger ces derniers à entrer en guerre contre l'Allemagne. 

In fine, le documentaire de John Flet  brosse un portrait cinématographique éclairé et finalement peu connu du charismatique Sir Winston Churchill.


Kermite.


Liens :


Film : 22,6 Go Remux Bluray (VO +STFR) :


https://1fichier.com/?kk5qpfnk75zhgcfx5b1a

https://1fichier.com/?ja6w21wsrqbu1n1pq7bf

https://1fichier.com/?bcsizhixvf84lpd208ga

https://1fichier.com/?vxv87mah1jp25x3ovz8w

https://1fichier.com/?wrqooag8rt60w4jpccl1

https://1fichier.com/?6sofllyfovy888cw6txw

https://1fichier.com/?1meeexsh5fjs8bm57fqu

https://1fichier.com/?blxrmbyqezupqteg1jsd


Bonus : 5,3 Go


https://1fichier.com/?m09jqhg2ilps3sy5zrz7


dimanche 10 janvier 2021

Une vie dans le cinéma - Michael Powell

 





Je ne dirai jamais assez tout le plaisir que j'ai pris à lire cette autobiographie monumentale, incroyablement dense. C'est un livre absolument sublime. Michael Powell montre qu'il est à l'évidence aussi doué pour l'écriture que pour le cinéma, et que derrière son statut de cinéaste chevronné, se profile l'âme d'un véritable écrivain. Sa passion pour la littérature transpire à chaque ligne et son amour des Lettres transparaît à travers une culture prodigieuse. Voilà une plume concise et inspirée, guidée par un esprit délicieusement flegmatique. Une plume magnifiquement embellie par le plus raffiné sens de l'humour qui soit. 

Une vie dans le cinéma est une œuvre profondément attachante, où Michael Powell s'illustre brillamment par ses merveilleuses qualités de conteur. J'ai pour l'homme et son œuvre une immense admiration. Jusqu'au bout, Michael Powell est resté cet artiste infatigable, passionnément alerte, en éveil perpétuel. Porté par un enthousiasme juvénile et l'expérience de ses 80 printemps,  celui qui se définissait avant tout comme un artisan nous livre ici le premier volet de l'histoire de sa vie. 


Qui mieux que Bertrand Tavernier pour nous présenter et faire apprécier Michael Powell, cinéaste anglais atypique, férocement indépendant, et dont l'œuvre, prolifique (une cinquantaine de films tout de même !) couvre presque un siècle ? La préface qu'il a écrite pour lui rendre hommage résonne comme une merveilleuse déclaration d'amour. Et il est vrai que Michael Powell, bien trop méconnu et complètement oublié, tient une place particulière dans le cinéma britannique, outrageusement dominé par les figures d'Alfred Hitchcock et de Charlie Chaplin. Sa carrière a été littéralement brisée après la sortie de son film, Peeping Tom, en 1960, descendu par les critiques. Il a été très justement réhabilité par Martin Scorsese et Bertrand Tavernier. 

Une vie dans le cinéma, de Michael Powell, est le premier volet d'une autobiographie passionnante, foisonnante, haute en couleur. Elle nous offre le récit d'une vie exaltante, entièrement dévouée au 7ème Art. Michael Powell était un enfant du cinéma, comme il se plaisait à se qualifier lui-même, et le cinéma était tout pour lui : sa vie, son art, sa maîtresse, sa religion.

C'est en voyant Intolerance, de David Wark Griffith, que se forge chez lui la conviction intime, inébranlable, qu'il sera un jour metteur en scène. Sa vocation est désormais scellée. Un premier essai, infructueux, dans les studios de Joinville, en compagnie du réalisateur français, Léonce Perret, ne l'empêche pas d'avoir saisi et senti l'extraordinaire pouvoir attractif du monde du cinéma. « Je ressentis immédiatement l'étrange fascination d'un studio de cinéma : le mélange d'art et d'artifice ; de technique et d'humeur, qui caractérise une usine de rêves. Je me sentais chez moi. » (1)

C'est dans les studios de la Victorine, à Nice, qu'il fit ses premières armes, en 1925. Dans l'équipe de Rex Ingram, immense réalisateur de films muets, qui est venu en France pour tourner Mare Nostrum. D'abord simple machino (balayeur !) il va très vite s'intégrer et apprendre tous les rouages de la production d'un film. Il travaille à la table de montage, se familiarise avec la pellicule, participe à la création des intertitres, s'immerge passionnément dans cette merveilleuse usine à rêves. En devenant l'assistant de Rex Ingram, Michael Powell assimile en peu de temps le langage cinématographique et le savoir-faire nécessaires à la fabrication d'un film, s'appropriant les bases techniques de la profession de cinéaste. Avec Rex Ingram, qu'il considère comme son maître (au même titre que Luis Buñuel) il va apprendre comment tourner un film, diriger une équipe, avoir sous son aile une petite armée d'artisans et de techniciens, capables d'exprimer et de mettre sur pied, les desiderata du metteur en scène.

Il travaille ensuite pour Alfred Hitchcock, en tant que chef du département photo, et collabore, en tant que scénariste, sur le film Chantage, considéré comme le premier film parlant britannique. Sa rencontre avec Sir Alfred donne lieu à de savoureuses anecdotes. 

Au cours des années 30, il commence à voler de ses propres ailes en réalisant de petits films de séries B, appelés aussi « Quotas-Quickies », dans lesquels il fait son apprentissage de metteur en scène et affûte peu à peu son expérience. (2) « Ces films n'étaient pas la raison pour laquelle je faisais du cinéma. J'étais un apprenti sorcier, décidé à mettre en pratique coûte que coûte l'enseignement de son maître. Je n'étais pas poussé par un désir de gloire mais par l'amour de l'art que je servais. »  (1)
À partir de 1937, il donne la pleine mesure de son talent. Ses films se font plus personnels et témoignent d'une profonde originalité, par leur sujet et leur style. 
Le style de Powell ? Un cinéma aventureux, imaginatif, ouvert aux expérimentations (sur la couleur, le son, la vitesse de tournage...), mettant en exergue une invention et une ingéniosité visuelles au service d'un cinéma de l'image aux pouvoirs immensément magiques. Comme l'écrit somptueusement Bertrand Tavernier dans sa préface, les œuvres de Michael Powell « sont secouées par des cataclysmes, transpercées d'éclairs, de plans de nature fulgurants, mystérieux. » Et se présentent comme autant de « paris visuels », propres à fasciner, à émerveiller le spectateur. 

Le cinéma de Michael Powell doit beaucoup au cinéma muet, parce que ses films s'appuient sur la puissance et le pouvoir des images. Sa conception du cinéma est solidement ancrée dans l'idée qu'il a de vouloir faire de cette incroyable extravagance qu'est le 7ème Art, un spectacle, un divertissement visuel où les images sont reines.

Cosmopolite, il aimait s'entourer d'artistes de tout horizon, de toute nationalité, les meilleurs, chacun dans leur domaine, et préférait travailler avec des étrangers, plutôt qu'avec des Anglais, affirmant sans ambages ne pas être intéressé par le cinéma anglais, seulement par le cinéma... (3)

Sa rencontre avec Emeric Pressburger en 1937, en vue du tournage de l'Espion noir, déboucha sur l'un des plus singuliers et originaux duos que l'histoire du cinéma ait jamais connus. Une véritable osmose créative unira les deux hommes, qui créeront par la suite leur propre maison de production, The Archers. Désormais, on pouvait lire au générique de chacun de leur film :  « Écrit, produit et dirigé par Michael Powell et Emeric Pressburger. » Leur collaboration se maintint pendant près de quinze ans. 

Aux débuts des années 40, Michael Powell refusera de céder aux sirènes de Hollywood, afin de pouvoir réaliser ses propres films, dans un souci d'indépendance, évitant ainsi d'être sous l'égide d'un producteur qui aurait eu un droit de regard sur son travail, et le pouvoir de soumettre la production de ses films à une implacable censure. 

Chronologiquement, le livre s'arrête à la sortie de The Red Shoes en 1948. Inutile de préciser que ce pavé de 800 pages que vous ne pourrez plus lâcher des mains une fois commencé, n'est que la première partie de son autobiographie !!  

Je tenais aussi à rendre hommage à Jean-Pierre Coursodon, qui vient de rejoindre la longue cohorte d'artistes du cinéma, hélas disparus. Claude Brasseur, Robert Hossein, Suzy Delair, Michel Piccoli... Je ne vais pas tous les énumérer, parce qu'il y en a eu beaucoup trop en cette année 2020. Hommage donc à Jean-Pierre Coursodon, sans qui cette édition n'aurait tout simplement pas pu se faire. On oublie, trop souvent à mon goût, au profit des auteurs, le travail des traducteurs, qui jettent pourtant des passerelles indispensables entre cultures différentes. Jean-Pierre Coursodon fut non seulement un grand amoureux et brillant historien du cinéma, mais aussi un indispensable et bien précieux traducteur.







- (1) Une vie dans le cinéma par Michael Powell, une autobiographie traduite de l'anglais par Jean-Pierre Coursodon.  (Institut Lumière/Acte Sud 1997)

- (2) Les « Quotas-Quickies », films de courte durée, à budget famélique (à raison d'une livre par pied de pellicule, dit Michael Powell dans son autobiographie...) étaient introduits en Angleterre, à la fin des années 20, pour permettre à la production britannique de faire face à l'écrasante concurrence des films étrangers, et notamment à l'invasion des films hollywoodiens. Désormais, la loi stipulait en Angleterre que près de 20 % de la production cinématographique devait être réservée aux productions locales et nationales. Une production qui se distingue davantage par sa quantité que par sa qualité... 

- (3) Interviewé par Bertrand Tavernier pour la revue Midi-Minuit Fantastique n°20 (octobre 1968), voilà ce que disait Michael Powell  : « Depuis le début j'ai toujours travaillé avec des Européens, non avec des Anglais : Pressburger, Korda, Ingram et les techniciens français et italiens que nous employions à l'époque. D'ailleurs je ne suis pas intéressé par le cinéma anglais, seulement par le cinéma. »

Kermite.

samedi 31 octobre 2020

Tony Vaccaro : filmer la guerre VOSTF




À presque 100 ans, Tony Vaccaro fait partie des rares survivants d'Omaha Beach. Il y était en tant que fantassin et reporter de guerre. Pas dans les premières vagues du 6 juin 44. Il débarque le 20 juin 44 avec la 83ème division, muni du complet attirail du soldat et d'un appareil photo de la taille d'une main, un Argus C3 35mm, qu'il a appris à porter de façon peu orthodoxe, en bandoulière derrière son dos, et non devant, parce que les exigences des combats lui ont vite fait comprendre qu'en se plaquant régulièrement au sol, à plat ventre, son appareil ne ferait pas de vieux os.

Ses photographies sont un témoignage brut de ce que fut la guerre : elles nous la montrent sans artifices, dans toute sa crudité. Elles nous racontent les corps qui tombent. Tony Vaccaro les a vus et photographiés. Non, les soldats ne se jettent pas en arrière quand ils se prennent une balle en plein cœur, comme dans les westerns, où ils sont filmés dans des postures invraisemblables pour célébrer leur héroïsme. La réalité, c'est que, sous les balles, les corps s'écroulent lourdement.

C'est avec son Argus caché sous sa veste qu'il réalise la première photographie clandestine des côtes françaises, prise à bord du Liberty Ship, juste avant qu'il mette le pied sur les plages normandes. La première d'une longue série, puisque ce sont, au final, près de 8 000 clichés qu'il réalise tout au long de sa campagne militaire qui le conduira jusqu'aux portes de Berlin. 


Avec sa chevelure argentée et ses grandes lunettes, Tony Vaccaro distille une impression de sérénité et un charisme naturel qui m'ont subjugué. Je pourrais rester des heures à l'écouter, tellement ses paroles sont prenantes. Obnubilé par les traumatismes d'une guerre, que le poids des années n'a jamais effacés, Tony Vaccaro reste, encore aujourd'hui, hanté par ces visions d'horreur dont il fut témoin. Plus précisément, par l'odeur de la guerre, celle des corps putréfiés, avachis par la mort, dans des postures parfois insolites. Ici, se posent justement les frontières morales auxquelles chaque photographe est personnellement confronté : peut-on tout montrer, tout photographier ?

Ce fils d'immigrant italien ne mâche pas ses mots sur cette guerre traumatisante qui l'aura contraint à faire ce qu'il s'est toujours senti incapable de faire : tuer des hommes. Il y a cette scène bouleversante, où il avoue que, pendant la bataille de Normandie, dans le bocage normand, à Sainteny, il a jeté son fusil devant l'arrivée des Allemands, pour se terrer dans un trou au sol, par peur, par lâcheté. L'espace d'un instant, il refusa le combat. Mais pour se reprendre juste après, et faire ce pour quoi il s'est jusque-là préparé : la guerre. 

Orphelin dès l'âge de cinq ans, Tony Vaccaro sera recueilli par un oncle dans les Abruzzes, en Italie. C'est lui qui va l'initier à la chasse, et le mettre dans les mêmes conditions où il sera appelé plus tard sur le terrain de la guerre. De ces parties de chasse, Tony Vaccaro retiendra l'instinct du chasseur, celui qui l'amène à viser et à tirer avec une précision diabolique, en un quart de seconde. À l'égal du chasseur, le photographe reste à l'affût de sa proie qu'il traque. Pour prendre une bonne photo, il faut dégainer son appareil au bon moment. 

Quand, près de 50 ans plus tard, Tony Vaccaro revient sur les lieux où les photographies ont été prises, avec les mêmes témoins d'époque, le documentaire prend soudain une irrésistible bouffée de tendresse et d'émotion.

Bonus : 

- Le Figaro Magazine du 8 mai 2015 (PDF - 5p)

- Le Monde du 30 juin 2020 (Jpg) : critique du documentaire.

- Tony Vaccaro. Photographie.1944-45. Archives départementales d'Ille-et-Vilaine. (PDF - 160p) Un superbe livret qui fait le récit de sa campagne militaire, des plages de Normandie jusqu'à l'Elbe, en Allemagne. Avec un panel de ses photographies. Certaines sont d'une crudité presque irréelle. Elles sont là pour nous interroger, nous interpeller, comme ces cadavres de soldats allemands allongés au sol, avec des photos éparpillées autour d'eux, comme autant de souvenirs familiaux, dernier fil ténu qui les reliait encore à leur famille, à leur femme, à leurs enfants. Symboles d'une vie gâchée. Des vies perdues inutilement. Des vies jetées en pâture sur l'autel de la guerre. 




D'autres photos sont au contraire d'un fol espoir, comme le Baiser de la Libération, pris lors de la libération de Saint-Briac. On y voit un G.I., s'agenouiller devant une petite fille, elle aussi à genoux, pour lui offrir un baiser. Tony Vaccaro racontera la genèse de cette photo qui l'aura rendu célèbre. Quand les premiers Américains arrivèrent à Saint-Briac, en Bretagne, ils vinrent facilement à bout des derniers soldats allemands. Arrivés sur la place du village, il n'y avait pas âme qui vive, tout le monde s'étant barricadé. D'un seul coup, tous les villageois sont sortis de chez eux pour acclamer les libérateurs. Au son d'un accordéon festif, la foule en liesse a soudainement improvisé une farandole. Une ronde se crée, on danse, on chante, et dans cet élan de ferveur populaire, se met en place « la danse du mouchoir ». Munie d'un mouchoir, une personne danse, les yeux bandés, au milieu de la ronde, et choisit sa partenaire en la touchant. Elle pose ensuite le mouchoir à terre, au milieu, et doit embrasser son partenaire pour faire honneur à la vigueur de sa flamme. 

Quand les mains de la petite Noëlle se posèrent sur le Sergent Gene Constanzo, Tony Vaccaro a juste eu le temps de s'approcher pour immortaliser ce baiser, dont le symbole et l'innocence feront le tour du monde.  





50 ans plus tard, Tony Vaccaro retournera sur les lieux, pour y retrouver les seuls témoins encore en vie de cette photographie : les deux sœurs figurant en arrière-plan de la photo, Simone et Marie-Thérèse. Des retrouvailles chaleureuses et hautement émouvantes.

Kermite.


HDTV (1440 x1080)

Lien :  https://1fichier.com/?p7r3x2k5uv2th7md9n22

dimanche 4 octobre 2020

La tête d'un homme - Julien Duvivier 1933 HDTV


Synopsis : Le commissaire Maigret essaye d'innocenter du crime d'un autre Joseph Heurtin, un simple d'esprit que tout accuse.


Julien Duvivier pouvait écrire dans la revue Cinémonde du 9 février 1933 : « Le film policier, tel qu'on l'entend le plus souvent, ne m'intéresse pas (...)»  Et d'expliquer, que ce qui compte à ses yeux, ce ne sont pas les coups de théâtre, les fausses pistes, qui conduisent inéluctablement à la surprise finale, à laquelle, forcément, le spectateur ne s'attend pas, mais l'étude psychologique des personnages. Voilà  pourquoi la tête d'un homme débute d'emblée par l'exposition du meurtre, et la résolution de l'énigme ne constitue pas l'ossature du scénario. Ce film policier n'en est pas vraiment un. Bien que s'appuyant sur un roman de Georges Simenon, le film de Julien Duvivier s'en écarte quelque peu. Il s'en explique lui-même :  c'est que la thématique du roman de Georges Simenon  ne se prête pas à un traitement cinématographique. Faire évader un condamné à mort aurait suscité les foudres de la censure. Pire, Julien Duvivier n'aurait tout simplement pas obtenu de visa d'exploitation. L'histoire a donc été remodelée, retravaillée, en collaboration avec Georges Simenon, pour donner lieu à une étude de caractères parfaitement bien huilée. 

Avec quelques très beaux plans en hommage à l'expressionnisme allemand, la tête d'un homme est d'un réalisme qui a fait dire à certaines critiques de l'époque qu'il jouait avec les nerfs des spectateurs. Radek le criminel est le type même de personnage qu'on pourrait croire tout droit sorti d'un roman de Dostoïevski.  Insidieux, mystérieux, aimant le goût du risque et du jeu, il offre un contrepoint parfait à la puissance de Harry Baur. Alexandre Rignault étonne par sa présence animale. Alors que la chanteuse Damia, par sa complainte en forme de lamento, donne encore plus d'épaisseur à l'atmosphère pesante du film. 

Le film se distingue par son évocation des cafés de Montparnasse, dans lesquels baigne une faune hétéroclite. Ce Paris des années 30 est parfaitement restitué. Au final, une grande réussite qui conforte toute mon affection que j'éprouve pour Julien Duvivier.


Bonus :




- Premier plan. Julien Duvivier, par Raymond Chirat. (PDF - 83p) Une brillante étude de l'œuvre de Julien Duvivier par l'un des plus éminents historiens du cinéma français.  


- Anthologie du cinéma. Julien Duvivier par Pierre Leprohon. (PDF - 24p) 

- Cinémagazine. Mars 1933. (PDF- 1p)

- Pour Vous.1931. Les confidences de Monsieur Julien  Duvivier. (jpg)

- Pour Vous.1932. Inkijinoff et son ami Simenon travaillent... (jpg) Inkijinoff livre à Aline Bourgoin ses impressions sur Simenon et nous donne quelques indications sur le scénario du film. (jpg)

- Pour Vous.1931. Les confidences de Valère Inkijinoff. (PDF - 9p) 

Ces confidences me font penser au récit autobiographique écrit par Fédor Chaliapine dans Ma vie. On y trouve cette même prose, ces mêmes élans lyriques. Inkijinoff est un poète. J'ai été frappé par ses indéniables qualités d'écriture. Ces confidences exhalent un parfum et une poésie dont la simplicité et la candeur me touchent énormément. 

Valère Inkijinoff est né sur les rives du lac Baïkal, près d'Irkoutsk, d'un père Mongol et d'une mère russe.  Rien ne le prédestinait au métier d'acteur. Après des études au Lycée de Saint-Pétersbourg, Inkijinoff se décide pour des études d'économie politique afin de devenir directeur de banque. Mais comme souvent, les circonstances de la vie en décidèrent autrement.  «Elles m'avaient pris par la main, je me laissais conduire comme un enfant, tout en me croyant le plus libre des hommes.» écrit-il. C'est une rencontre avec le metteur en scène russe Meyerhold qui va le propulser non seulement en tant qu'acteur, mais aussi derrière la caméra, en tant qu'assistant-réalisateur. Ces confidences, écrites pour la revue Pour Vous montrent combien les épreuves auxquelles il a été confronté, ne réussirent finalement pas à briser l'envie de s'affirmer dans le domaine artistique. Une belle leçon de persévérance et d'abnégation. 

- Pour Vous.1933.03.16 (jpg) Janine Auscher  revient sur le rôle de Damia, qui est loin d'être anecdotique. Sa présence, sa gouaille, son sens de la dramaturgie s'incorporent admirablement dans la tessiture du film.

- Pour Vous.1933.02.23. Critique du film par René Bizet. (jpg)

- Pour Vous. 23.03.1933.Pierre Causse raconte la tête d'un homme.(jpg)

- Cinémonde.09.02.1933.

https://bibliotheques-specialisees.paris.fr/ark:/73873/pf0002119309/1933/n225/v0008.simple.selectedTab=thumbnail


Kermite.



 














Liens : 


https://1fichier.com/?p0po1uuo6y9w1f4tg94c




dimanche 13 septembre 2020

Le Peuple d'Hitler (en 2 épisodes- HDTV)





De nombreux débats parmi les historiens tournent souvent autour de la question de la responsabilité collective des Allemands dans le processus qui a mené à l'anéantissement des Juifs d'Europe. Comprendre comment la barbarie nazie s'est invitée au pays de Goethe, Schiller et Hölderling, comment elle a eu pour projet diabolique d'exterminer tout un peuple, portant cette vaste entreprise de déshumanisation à un niveau d'horreur jamais atteint, voilà une interrogation qui n'a jamais cessé de faire débat parmi les historiens, tant elle paraît vertigineuse et finalement insoluble.

Ou pour reprendre mot pour mot cette lancinante interrogation formulée par Moriz Scheyer, et jetée comme un défi à notre entendement : comment tout cela fut-il possible ? (1).

Au-delà de la question des responsabilités, il s'agit aussi de comprendre quelle a été la relation entre Hitler et son peuple. Saisir la nature du lien qui les unit, c'est aussi mesurer le degré d'emprise, de soumission et de fascination qui a conduit les Allemands à suivre inconditionnellement leur dictateur. À ce vaste domaine de recherche, sensible et complexe, le documentaire Le Peuple d'Hitler, apporte une réponse qui aurait mérité, je crois, une approche plus nuancée. 

Car tous les Allemands ne furent pas des nazis convaincus, loin s'en faut, et la façon dont Hitler a été perçu par son peuple a tout de même évolué à mesure que les défaites militaires se multipliaient, et qu'il devinait soudain clair que l'Allemagne ne pourrait jamais gagner la guerre, et que, pire, elle se dirigeait droit vers une apocalypse inéluctable. 

La victoire ou la mort, disait Hitler, la première s'éloignant à grands pas, quel peuple pouvait raisonnablement espérer quoi que ce fût de la seconde ?


Avec son titre accrocheur, le Peuple d'Hitler n'évite cependant pas certaines généralités, alors qu'une approche moins partiale aurait permis une meilleure compréhension de la situation en Allemagne, avant et pendant ces années de guerre. Cet angle de vue délibérément choisi tient principalement au fait que ce docu-fiction s'appuie sur le témoignage d'un officier des services psychologiques de l’armée américaine, Saul K. Padover, qui fut chargé de faire un rapport, en 1945, après la fin de la guerre, sur ce que pensaient les Allemands de leur défunt Führer.  

Il laisse ses impressions dans un livre, Experiment in Germany, dont le documentaire s'inspire largement. Le Peuple d'Hitler présente les Allemands en adoration pour leur Führer, qu'ils ont hissé au rang de divinité. Ils se sont soumis corps et âme, sans protester, à la volonté de cet homme providentiel, animé d'une insatiable soif de conquête. Cet officier américain nous dépeint donc un peuple sous l'emprise de son dictateur, lui vouant un culte qui, étonnamment, perdure jusqu'à la fin de la guerre. Ce qui n'est pas faux, car on trouvera bien parmi certains Allemands cette inflexibilité dans l'obéissance et la vénération, jusqu'aux derniers jours de la guerre, mais le souci est qu'elle occulte complètement le visage de cette autre Allemagne qui s'est opposée à Hitler. La résistance allemande est ainsi passée sous silence, et la conjuration qui aboutit à l'attentat manqué du 20 juillet 1944 est à peine évoquée !


Je pense qu'il eût été plus juste, d'un point de vue historique, si on veut comprendre objectivement comment se sont comportés les Allemands, de mettre le témoignage de Saul K. Padov en perspective avec certains faits qui le contredisent. Il aurait fallu, par exemple, ne pas oublier celles et ceux qui ont bravé l'idéologie nazie par leur esprit de résistance, et ont payé de leur vie le prix de leur courage. Il y avait matière à nuancer les propos de Saul K. Padover, dont le témoignage a une portée forcément réductrice. C'est d'autant plus dommage que le documentaire, dans un souci de clarté et de pédagogie, alterne habilement fiction et explication didactique, grâce aux interventions d'une palanquée d'historiens, et en replaçant chaque événement dans son contexte historique. 

Ainsi, la montée du nazisme au début des années 30 est parfaitement bien expliquée. Le terreau sur lequel il a pris racine et s'est développé permet de mieux comprendre pourquoi les Allemands ont majoritairement suivi Hitler, au point de lui vouer une foi aveugle. Les raisons de sa popularité et de son succès ? Elles sont basiques, du moins dans un premier temps. Une fois au pouvoir, Hitler a conquis le cœur des Allemands parce qu'il a offert du pain et du travail aux chômeurs. C'est un peu simpliste, je l'avoue, mais c'est pourtant bien la vérité. Même si on peut rétorquer que tous les pays ayant subi de plein fouet la Grande Dépression et le chômage de masse, n'ont pas systématiquement donné naissance à un État totalitaire affublé d'un monstre à sa tête. Il a redoré le blason de l'Allemagne, lui a redonné toute sa grandeur et son prestige international. Ce n'est pas rien. Par exemple, l'occupation de la Rhénanie par la France pendant plus de 10 ans, a été vécue comme une humiliation pour beaucoup d'allemands. Auguste von Kageneck, officier dans la Wehrmacht, confie dans Notre histoire (2) que cette occupation par les troupes françaises était l'équivalent de l'annexion de l'Alsace-Lorraine pour nous, Français. Alors qu'il n'était lui-même qu'un enfant à cette époque, il explique que voir le drapeau français flotter sur la place de son village, et devant lequel il fallait se découvrir, constituait une véritable humiliation. 

La remilitarisation de la Rhénanie par l'armée allemande a été, elle, vécue comme une libération. Voir défiler les troupes de la Wehrmacht avait suscité chez lui fierté et émotion. Donc oui, Hitler a bien effacé la honte et l'humiliation pour toute une nation accablée par les clauses du Traité de Versailles, et a réussi à entraîner son peuple derrière lui. Hitler a redonné de la fierté aux Allemands, c'est indéniable.

La remilitarisation de la Rhénanie, qui s'est présentée comme un coup de poker insensé, a été la première étape qui a amené Hitler à obtenir une série de succès sur l'échiquier international. Et à bénéficier auprès des Allemands d'une aura qui n'a fait que s'accroître jusqu'en 1941.


Une autre question centrale soulevée par le documentaire concerne la Shoah et les Allemands. Que savaient-ils exactement de l'extermination des Juifs ? 

Il ne fait pratiquement aucun doute qu'ils savaient. Certains, plus clairvoyants et téméraires que d'autres, avaient justement interpellé la population allemande sur la tragédie qui s'opérait sous leurs yeux. C'est le cas par exemple des étudiants de la Rose Blanche qui dans l'été 42 avaient imprimé et distribué une série de tracts s'opposant frontalement au Nazisme. Hans et Sophie Scholl ont eu le courage et le cran de dénoncer, par une série de tracts distribués à la population, les atrocités d'un régime criminel. Et le deuxième tract ne faisait aucun mystère sur le sort réservé aux Juifs. Ainsi pouvait-on y lire : 

« Notre dessein n’est pas d’étudier ici la question juive. Nous ne voulons présenter aucun plaidoyer. Qu’on nous permette seulement de rapporter un fait : depuis la mainmise sur la Pologne, 300 000 Juifs de ce pays ont été abattus comme des bêtes. C’est là le crime le plus abominable perpétré contre la dignité humaine, et aucun autre dans l’histoire ne saurait lui être comparé. Qu’on ait sur la question juive l’opinion que l’on veut : les Juifs sont des hommes et ce crime fut commis contre les hommes. Quelque imbécile oserait-il dire qu’ils ont mérité leur sort ? (...) Nous vous racontons cette suite de crimes parce que cela touche à une question qui nous concerne tous, et qui doit tous nous faire réfléchir. Pourquoi tant de citoyens, en face de ces crimes abominables, restent-ils indifférents ? On préfère ne pas y penser. Le fait est accepté comme tel, et classé. Notre peuple continue de dormir, d’un sommeil épais, et il laisse à ces fascistes criminels l’occasion de sévir. » (3)


Mais au-delà de la responsabilité collective qui est un sujet de discorde entre historiens, ce qui a été le plus souvent mis en évidence, c'est l'apathie générale, la lâcheté, l'indifférence, qui a prédominé, et expliquerait pourquoi, finalement, les Allemands ne se sont pas révoltés, vent debout, contre un régime qui bafouait les droits les plus élémentaires de l'être humain. Pourquoi ils ont si peu entrepris contre un régime manifestant à l'égard des Juifs la plus criminelle et destructrice des entreprises. Cette passivité a été pointée du doigt, et s'il y a un crime dont le peuple allemand se serait rendu coupable, ce serait un «crime d'indifférence.» (4) 

Peut-être faut-il s'immiscer dans les tréfonds de la nature humaine pour mieux expliquer et comprendre cette apathie. Interviewé par Jean-Paul Picaper qui lui demandait pourquoi il y a eu finalement si peu de résistance en Allemagne, Andreas Hermès, petit-fils de Résistant, apporte quelques éléments de réponse : 

« La réponse gît certainement dans les tréfonds de la condition humaine. La crainte de subir des préjudices, la faiblesse, la peur et la tendance à fermer les yeux ont entraîné bien des gens à participer à des abus sans limites. » (5)

Une lâcheté, dont les généraux furent aussi coupables, car beaucoup ont manqué de courage et se sont réfugiés derrière le serment d'allégeance pour ne rien tenter. Mais je laisse encore la parole à Andreas Hermès :

 « J'ai vraiment du mal à les comprendre, [les généraux] je n'arrive tout simplement pas à me défaire de l'impression que le serment était essentiellement un faux-fuyant qui cachait les vrais motifs de leur passivité, voire que c'était une excuse pour ce qui n'était rien d'autre que de la lâcheté. » (5)

Bien sûr, a posteriori, il est toujours plus facile de refaire l'histoire, d'émettre des jugements péremptoires et de se poser moralement en juge. Ce n'est pas mon propos. D'ailleurs, qu'aurais-je fait moi si j'avais vécu à cette époque ? Si j'avais vécu sous la férule d'un tyran, dans une dictature annihilant systématiquement, par la violence, le moindre signe, le moindre esprit d'opposition, je ne sais sincèrement pas comment j'aurais réagi, de quoi finalement j'aurais été capable. Justement, je crois que c'est au contact de circonstances exceptionnelles, dans la confrontation avec certains événements, que le caractère des hommes s'affine et se révèle, que certains destins se réalisent, et que des personnalités s'affirment dans leur nature la plus profonde.

Pour répondre aux incriminations souvent faites à l'encontre des Allemands pour décrier leur peu d'empressement à se rebeller,  je crois aussi qu'on n'a pas idée, aujourd'hui, de la terreur à laquelle ils furent soumis. Il faut aussi comprendre comment les dénonciations servaient utilement les dessins criminels d'un État totalitaire, empêchaient un soulèvement général, et permettaient à la Gestapo de contrôler la population et d'en éradiquer les éléments perturbateurs, ceux qui s'éloignaient de la ligne idéologique nazie. Dans ce contexte d'apathie générale, l'action valeureuse de ces hommes et femmes qui se sont battus pour une autre Allemagne, respectueuse du droit et des libertés, n'en a que plus d'éclats. À mon sens, ils ont fait bien plus que sauver l'honneur de l'Allemagne, ils ont montré à la face du monde que le nazisme n'avait pas soumis toutes les volontés à son implacable idéologie. Ils ont remis la dignité humaine, en même temps que l'éthique, au cœur des enjeux politiques, et ont élevé, par leurs sacrifices et leur bravoure, la conscience morale en impératif catégorique.

Henning von Tresckow, qui fut l'un des principaux architectes de la conjuration du 20 juillet 1944, pouvait écrire, juste avant de se faire sauter avec une grenade : «La valeur morale d'un homme n'existe que s'il est prêt à mourir pour ses convictions.»


Bien sûr, l'aristocratie, au même titre que la noblesse prussienne, dont l'esprit critique s'accordait assez mal avec les grandes lignes du National-Socialisme, ont constitué un terreau favorable à l'épanouissement de la résistance anti-hitlérienne. Parce qu'elles sont dépositaires d'une tradition séculaire, porteuse de valeurs humanistes et chrétiennes, elles ont tenté et voulu sauver l'Allemagne de la destruction.  En vain. Mais comme le dit très justement Jean-Paul Picaper : «Si Stauffenberg avait tué Hitler, la face du monde aurait été changée.»

Mais tout compte fait, peu importe que l'attentat n'ait pas réussi, l'essentiel, pour Claus Von Stauffenberg et ses compagnons de lutte, était de montrer au monde entier qu'il existait des hommes capables de se dresser au péril de leur vie et d'entreprendre, coûte que coûte, une action symbolique contre l'un des pires tyrans que l'humanité ait engendrés.






 1) Si je survis, de Moriz Scheyer (p 18, Édition Flammarion) Essayiste, écrivain, chroniqueur dans le journal viennois, Neues Wiener Tagblatt, critique littéraire, Moriz Scheyer fait partie des intellectuels juifs de l'entre-deux-guerre qui ont quitté l'Autriche juste après l'Anschluss, pour se réfugier à Paris, en août 1938. Comme beaucoup à cette époque, il pensait trouver en France une terre d'accueil, à l'abri des persécutions nazies, mais l'Occupation Allemande transforma assez vite cette terre d'asile en terre hostile, où pour survivre en tant que juif, parce que traqué comme une bête, il lui fallut se terrer comme un mort en espérant ne pas être l'objet d'une dénonciation. Et vivre avec la peur d'être à tout moment arrêté et déporté. Si je survis est le récit poignant de cet exilé autrichien qui s'est épris d'amour pour la France («En Autriche, j'étais à la maison. En France, j'étais chez moi.» écrira-t-il) et trouvera finalement refuge en Dordogne, parmi les religieuses du couvent de Laborde. Un périple qui fait paraître au grand jour les lâchetés des délateurs, mais aussi le courage et l'héroïsme de celles et ceux qui n'ont pas hésité à risquer leur vie en cachant des juifs. Le regard posé par l'auteur sur la France collaborationniste est d'une acuité mordante. Ainsi la façon dont l'antisémitisme a été instillé en France par la propagande nazie, jusque dans la sémantique des mots, la façon dont la question juive s'est sournoisement imposée, réclamant son cortège de lois infamantes, est décrite et analysée avec une lucidité qui faisait manifestement défaut à beaucoup de nos concitoyens de l'époque. 

«Généralement, l'antisémitisme se limitait à un préjugé purement social et sans passage à l'acte, répandu dans certains cercles de la haute noblesse et de la grande bourgeoisie.

Mais la grande masse, elle, ne connaissait pas l'antisémitisme. Pour elle, il existait des Français et des étrangers israélites, au même titre que des catholiques ou des protestants. Et aucun Français, sauf à être particulièrement féru d'ethnographie, n'avait, avant Hitler, la moindre idée de ce qu'était un "Aryen".

Après leur arrivée à Paris, le premier souci des Allemands fut de mettre un terme radical à cette situation; mais ils le firent d'abord avec la plus grande prudence. Le Français est par nature individualiste et frondeur; d'une manière générale, il n'aime guère qu'on lui impose les choses, pas même son antisémitisme. On ne pouvait pas mener ce travail-là du jour au lendemain. Il fallait respecter un certain dosage. On commença par remplacer l'adjectif "israélite" par "juif". Peu après, la propagande cessa aussi d'évoquer les Juifs français et étrangers, préférant parler tout simplement de Juifs. L'étape suivante fut l'appellation générique "le Juif". Le singulier était devenu un concept infamant pour désigner une communauté.» (p100)

Si l'auteur pose sur les événements de son temps un regard plutôt  lucide, il est d'une fulgurance quasi-prophétique sur l'usage dévoyé des camps d'extermination transformés en industrie du tourisme. N'oublions pas que le manuscrit date de 1945, et voilà ce que Moriz Scheyer écrira en juillet 1945 en guise d'épilogue : «Les lieux où les Allemands avaient aménagé leurs plus célèbres centre de torture infernaux seront tôt ou tard un objet convoité par l'industrie touristique, ils auront alors tout d'une curiosité auxquels les guides accorderont leurs quatre étoiles.» (p 308)

Moriz Scheyer meurt en 1949, mais son manuscrit ne sera, lui, retrouvé qu'en 2005, dans le grenier de son beau-fils, coincé entre des nappes en dentelles et des peignoirs brodés...

 Si je survis est la traduction du manuscrit original, Ein Überlebender. (Un survivant )




(2) Hélie de Saint Marc, Auguste Von Kageneck : Notre Histoire, 1922-1945. L'un est français, résistant, puis déporté à Buchenwald, l'autre est allemand et officier de la Wehrmacht. Deux destins que tout oppose a priori... Et pourtant, à travers leurs échanges fructueux, sincères, et d'une sensibilité sans fioritures, chacun fait le récit de sa vie et livre son expérience de la guerre. Les deux faces d'une même histoire qui, au-delà de la réflexion qu'elles apportent, sont comme un testament laissé aux générations futures. Un livre indispensable.

(3) Inge Scholl, La Rose blanche : six Allemands contre le nazisme. Éditions de Minuit. 2008.

(4) C'est du moins l'avis de l'historien Gilbert Merlio. Les résistances allemandes à Hitler. Editions Tallandier.2001. Page 301.

(5) Jean-Paul Picaper : Opération Walkyrie, Stauffenberg et la véritable histoire de l'attentat contre Hitler. Aux Éditions l'Archipel.2008.

Bonus :



- L'Héritage de l'Opération Walkyrie, de Kevin Burns.   (Remux Blu-Ray - MKV)

Un documentaire exceptionnel sur la Résistance allemande, figurant, en guise de bonus, sur le Blu-Ray du film Walkyrie. Il relate l'histoire de cette résistance, mais revient aussi sur la façon dont les Allemands l'ont perçue après-guerre, et cet aspect est tout aussi passionnant. Car, comment imaginer un seul instant, que pendant de longues années après-guerre, la résistance ait été perçue par les Allemands comme un acte de trahison et de lâcheté ? Sans doute, cet acte venait-il leur rappeler que la plupart d'entre eux n'avaient justement rien entrepris pour s'opposer à Hitler.  D'où certainement la volonté de ne pas célébrer cet événement. Il a fallu attendre le procès d'Otto-Ernst Remer en 1952 pour que les conjurés soient officiellement reconnus en Allemagne comme n'étant pas des traîtres à la Patrie. Commandant du Bataillon de la garde à Berlin, Otto-Ernst Remer fut chargé le 20 juillet 1944, sur ordre d'Hitler, d'arrêter les conjurés au Bendlerblock, où ils avaient leur QG. En 1952, il fut accusé d'avoir insulté la mémoire des conjurés, et au terme du procès, ces derniers furent réhabilités par la justice.

La veuve Nina Schenk Von Stauffenberg ne toucha aucune pension de réversion jusqu'au procès. Il est vrai que les mentalités ont lentement évolué en Allemagne. L'Historiographie de la résistance est aujourd'hui un sujet qui fait constamment débat, encore plus depuis la réunification de l'Allemagne, avec un champ d'investigation toujours plus pointu. Et un énorme travail de mémoire. Il s'agit, comme l'indique l'historien allemand, Stephan Martens, d'élaborer une culture nationale du souvenir. En évitant de culpabiliser la génération actuelle. Et de lui faire prendre conscience de sa responsabilité dans le processus mémoriel, en reconnaissant les égarements et les crimes du passé. Ainsi Johannes Rau, ancien président de la RFA, déclarait le 26 janvier 2001 au Bundestag : « Le souvenir des résistants allemands ne peut pas effacer, relativiser, celui des crimes commis par des Allemands, je dis expressément des Allemands, et non pas les Allemands, et non plus au nom de l’Allemagne ».

Les valeurs morales défendues par les conjurés du 20 juillet 1944 constituent les fondements de la Constitution de l'Allemagne démocratique. La Loi fondamentale du 23 mai 1949 institue l'intangibilité de la dignité humaine. «Tous les pouvoirs publics ont l’obligation de la respecter et de la protéger. En conséquence, le peuple allemand reconnaît à l’être humain des droits inviolables et inaliénables comme fondement de toute communauté humaine, de la paix et de la justice dans le monde.»

- Si je survis. Moriz Scheyer. (PDF - les 37 premières pages)





- Tuer Hitler - Confession d'un officier Allemand antinazi. Rudolph-Christoph Von Gersdorf. (PDF - 21p) 



Si on veut comprendre comment a pris racine la nécessité de tuer Hitler, comment elle s'est imposée parmi certains officiers de la Wehrmacht, il faut absolument lire les confessions de cet officier de Cavalerie qui s'était donné pour mission de tuer Hitler. Vous trouverez le cinquième chapitre, Soldat et criminel de haute trahison, où l'auteur fait le récit de l'attentat manqué, le 21 mars 1943 à l'Arsenal à Berlin, où avait lieu ce jour-là une exposition sur les armes prises aux Soviétiques. Après une nuit cauchemardesque, (« Je ne fermai pas l'œil de la nuit. J'avais le sentiment d'être un condamné à mort qui attend dans sa cellule son exécution » écrira-t-il) le colonel Rudolph-Christoph Von Gersdorff se prépare pour ce qui aurait dû être le premier attentat suicide de l'histoire. Muni de mines Clam et d'un détonateur, il prévoyait en effet de se faire sauter avec Hitler, de se sacrifier en kamikaze. Et l'opportunité d'être en contact direct avec Hitler lui a été offerte en ce 21 mars 1943, car c'est lui qui fut chargé de présenter les armes du butin au Führer. Mais ce dernier, inexplicablement, visita l'exposition trop vite, beaucoup trop vite, au pas de course. Hitler parti, Von Gersdorff eut juste le temps de désamorcer le détonateur avant qu'il n'explose. C'est l'une des nombreuses tentatives d'attentat auxquelles Hitler échappa miraculeusement.

Dans ce chapitre, Von Gersdorff  fait aussi un récit précis de son entretien avec le Feld-Maréchal Von Manstein, qu'il essaye de persuader de faire entrer dans la conjuration afin d'assassiner le Führer. Après avoir doucement tâté le terrain, Von Gersdorffse jette à l'eau : «Peut-être que les maréchaux devraient aller ensemble trouver le Führer et lui mettre un pistolet sur la poitrine.»  lui demande-t-il franchement. Et Von Manstein de répliquer : «Les maréchaux prussiens ne se mutinent pas.» 

Le  Feld-Maréchal Von Manstein aurait pu le faire fusiller sur le champ pour haute trahison, mais il n'en fit rien. Son silence a permis au colonel  Von Gersdorff d'avoir la vie sauve, même après le 20 juillet 1944.


- Nouvel Obs. 2013. Hitler et les Allemands. (PDF - 14p) Interviewé par Vincent Jauvert, l'historien britannique Ian Kershaw nous offre une analyse pointue et juste des conditions sociales et politiques qui ont amené Hitler au pouvoir. 

- La mémoire de la seconde guerre mondiale en Allemagne. Stephan Martens. (PDF - 14 p)

- Jean-Paul Picaper : Opération Walkyrie, Stauffenberg et la véritable histoire de l'attentat contre Hitler. (PDF - 19 p) Chapitre 6. L'attentat des colonels. Chapitre 16, Jean-Paul Picaper interviewe Andreas Hermes, petit-fils de ses deux grands-pères résistants, condamnés à mort après le 20 juillet 1944.  



- Les résistances allemandes à Hitler. Gilbert Merliot.(PDF - 7 p )  Chapitre 12. La portée de la résistance allemande.



Kermite.


Liens : 


Documentaire (HDTV 1080p)  :



https://1fichier.com/?ae6tio4t5onqj6u6968g





Bonus : 

https://1fichier.com/?yahj3u9o4casghxy3v2o

https://1fichier.com/?ha2hogmm71y66b0slr88

https://1fichier.com/?7uubntkqhqpsbrf4j3by

https://1fichier.com/?84ospp2z59e5rnm340n7

https://1fichier.com/?ulq5nazhms79r34lsd3b

https://1fichier.com/?waxn2e2t1vgz3ubx1jxy

https://1fichier.com/?ngajw6rctxemuyzzzx75

https://1fichier.com/?s9o22pl44uz5onx78hqz