samedi 19 avril 2025

504, de Mohamed El Khatib, 2024










C'est l'histoire populaire de tous les Maghrébins de France qui, durant l'été, partent en voiture rejoindre leur famille de l'autre côté de la Méditerranée, en Algérie ou au Maroc. Mohamed El Khatib revient sur les traces de ces familles à travers le prisme de la mythique 504. C'est une tranche de vie comme je les aime. C'est émouvant, souvent drôle, truffé d'anecdotes et d'archives. Ce documentaire rappellera à certains une flopée de souvenirs. La voiture chargée à bloc, la peur de se faire dépouiller, la route qu'on avait parfois du mal à trouver, les contrôles fastidieux à la douane, les billets glissés dans le passeport pour se concilier les bonnes grâces du douanier. Tout respire le vécu à plein nez. Mohamed El Khatib donne la parole aux témoins de cette mémoire vivante, et, à travers le récit de ces longs voyages estivaux, nous immerge dans cette passionnante odyssée collective.

504, documentaire de Mohamed El Khatib, 2024. 55mn. HDTV (1920 x 1080) 

Liens : 

https://1fichier.com/?1shyd9pp3az6f3y5qs3p

 

dimanche 13 avril 2025

JO 1972 la tragédie de Munich - Sebastian Dehnhardt et Uli Weidenbach, 2006 HDTV

« Les Jeux de 1972 ont sifflé la fin de l'idéal olympique et coupé les liens avec une chimère qui voulait nous faire croire à une double imposture. Qu'un stade pouvait être un sanctuaire de paix, et le sport, une zone franche, à l'abri des soubresauts de l'univers. »

Éric Champel, Les fantômes de Munich. Contre-enquête sur l'attentat des JO de 1972.









Les Jeux de Munich de 1972 furent une véritable tragédie. Ils avaient pourtant commencé sous les meilleurs auspices, avec la volonté affichée par les autorités allemandes de faire oublier le triste souvenir des Jeux nazis de 1936. C'est dans une atmosphère joyeuse et pacifique, colorée et festive, que s'ouvrent les Jeux de la XXe Olympiade de l'ère moderne. L'ambiance était résolument à la fête. Le journaliste Benoit Heimermann se souvient : « On se promenait dans le stade comme on se promenait dans une fête foraine. » ¹ La sécurité était la grande absente de ces Jeux. Les policiers allemands qui n'étaient même pas armés avaient troqué leur uniforme traditionnel contre un costume bleu ciel et paradaient comme des guides touristiques affables et courtois. Ce sont ces improbables conditions de sécurité qui ont permis aux huit membres du commando palestinien Septembre noir d'écrire la page la plus sinistre de l'histoire des Jeux olympiques. Le mardi 5 septembre 1972, au petit matin, ils réussissent à s'infiltrer dans le village olympique dépourvu de toute protection policière, tuent deux membres de l'équipe d'Israël, avant de prendre neuf athlètes israéliens en otage. On connaît la fin, et le bain de sang tragique auquel cette prise d'otage donna lieu démontra le total amateurisme de la police allemande.

Celle-ci, qui refusa pratiquement toute aide extérieure et s'interdit toute initiative en ce sens, n'était pas du tout préparée pour faire face, seule, à une attaque terroriste. L'aide du Mossad aurait pu lui être utile. Mais pour des raisons de constitution et de souveraineté, elle la refusa. Livrée à elle-même, l'Allemagne n’a fait que révéler sa flagrante incompétence en matière de lutte anti-terroriste. Alors qu'elle essayait de placer des snipers armés en tenue d'athlète sur les toits des immeubles pour tenter de tuer les terroristes, le témoignage d’un participant est, sur ce point, édifiant. « Nous étions comme des alpinistes en claquettes dans l'Himalaya. » ²     

Les images d'archives qui nous sont parvenues sont ahurissantes ! Camouflés sous leur survêtement d'athlète, la clope au bec (!) les snipers allemands qui déambulent gauchement l'arme à la main sur les toits des immeubles ont franchement l’air de pieds nickelés. Les terroristes observaient tranquillement leur manège depuis leur poste de TV qui retransmettait tout en direct… On avait juste omis de couper l'électricité dans l’immeuble qu’occupait le commando ! C'est d'une impéritie confondante. Et que dire de l'assaut final qui fut une boucherie macabre, certains otages ayant même été tués par des balles allemandes...

Ce fut un fiasco total, jusqu'au communiqué final, dans lequel on a fait croire au public et aux familles des athlètes que tous les otages avaient été libérés et les terroristes morts. Le drame ne devait guère émouvoir l'inflexible et sectaire Avery Brundage, président du CIO, qui décréta, dans un discours sans âme, que les jeux devaient continuer, malgré tout. The show must go one.

Ces Jeux, assombris par la tragédie, ont traumatisé l'Allemagne. Que des Juifs soient de nouveau assassinés sur le sol allemand, 27 ans après la Shoah, à quelques kilomètres seulement de Dachau, a jeté le pays dans l’effroi et la tourmente, en faisant resurgir les vieux démons qui culpabilisaient tant la conscience des Allemands. Bien plus troublant, les autorités allemandes ont même découvert que des groupuscules allemands d'extrême droite néonazis avaient participé à la préparation de l’attentat, tout en ne divulguant pas l’information. Ces jeux ont aussi terni son image, en mettant au grand jour son incompétence en matière de sécurité. Les alertes terroristes étaient pourtant nombreuses. La bande à Baader sévissait régulièrement sur le sol allemand, et depuis que le FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine dirigé par Georges Habbache) avait choisi la voie des armes pour faire entendre la cause palestinienne, les attentats se multipliaient. Entre 1970 et 1972, des détournements d'avions parfois spectaculaires et tragiques attiraient immanquablement l'attention des médias occidentaux. En ce début des années 70, le terrorisme s'est de plus en plus internationalisé. Des révolutionnaires d'Italie, d'Allemagne, et même du Japon s'allient pour fomenter une révolution mondiale contre l'impérialisme américain. Et certains sont prêts à mourir pour la Palestine. Quelques mois avant l'ouverture des Jeux, le 30 mai 1972, trois terroristes japonais, membres de l'Armée rouge révolutionnaire, commettent un véritable carnage à l'aéroport de Tel Aviv. Vingt-huit morts et près de 80 blessés. Un attentat suicide revendiqué par le FPLP. Le climat était donc propice aux attentats, et la menace bien réelle. Un rapport écrit par Georg Sieber, psychologue de la police de Munich, en avait parfaitement souligné la portée. Rapport balayé par le chef de la police de Munich, Manfred Schreiber qui voulait, conformément à la volonté officielle, faire de ces Jeux une immense et joyeuse fête. Les Jeux de l’allégresse devaient être ceux de la rédemption. Mais comment peut-on organiser une manifestation de cette ampleur sans des règles élémentaires de sécurité ? Tant de laxisme laisse perplexe. Certes, sans aller jusqu'à mettre des miradors devant le village olympique, comme en 1936 à Berlin, il était néanmoins de la responsabilité des autorités de veiller à la sécurité des athlètes. L'indemnisation, accordée 50 ans après les faits par l'Allemagne aux familles des victimes israéliennes, démontre in fine sa part de responsabilité. 

Elle, qui avait à cœur de promouvoir les valeurs de l'Olympisme et de se faire pardonner ses Jeux berlinois et leur dérive idéologique, s'est vu perpétrer sur son sol un acte terroriste aux conséquences géopolitiques insoupçonnables. Car, dans cette histoire, il n’est pas jusqu'au sort des trois terroristes qui ont survécu à la fusillade finale à l'aéroport de Fürstenberg qui laisse pantois. Il n'y aura jamais de procès. L'Allemagne aurait simulé un détournement d’avion pour se débarrasser de ces trois indésirables et signé un pacte faustien avec l’autorité palestinienne en autorisant leur libération contre l'assurance et la promesse de ne plus être victime d'attentat palestinien sur son sol. Libérés et accueillis comme des héros à Tripoli et dans le monde arabe, les trois rescapés ont même donné une conférence de presse pour tenter de justifier l’injustifiable. Jamal al-Gashi, l'un des terroristes, ne cessera jamais de clamer haut et fort la fierté d'avoir tué des otages juifs pour faire entendre la cause palestinienne. Mohammed Daoud Odeh, alias Abou Daoud, la tête pensante des attentats de Munich, avouera, dans ses mémoires, avoir voulu réaliser une pure action de propagande, un coup d'éclat pacifique, sans qu’aucune goutte de sang ne soit versée. Ankie Spitzer et Ilana Romano qui ont fait de leur vie un combat pour connaître la vérité sur la mort de leur mari, ont révélé au New York Times avoir eu accès à des documents et photos confidentielles qui ne laissent la place à aucun doute : les membres du commando Septembre noir furent des tortionnaires. Le corps des otages israéliens a révélé des traces de torture et l'haltérophile Yossef Romano a bel et bien été émasculé. 

Quoi qu'il en soit, la tragédie de Munich marque la naissance du terrorisme moderne et son internalisation. Les terroristes affichent désormais l'intention et la volonté de se servir de l'impact des médias dans le seul dessein de faire valoir leurs revendications politiques. Pour faire entendre la cause qu’ils défendent, quoi de plus efficace en effet qu’une prise d'otage en mondovision, à laquelle assistent près de 900 millions de spectateurs ? Le terrorisme devient ainsi une mécanique implacable et sordide qui se nourrit des médias pour marquer les esprits au fer rouge en distillant l'effroi et l’horreur.


La réponse d'Israël aux attentats de Munich fut d'appliquer la loi du talion. Pas question de laisser ce crime impuni. Justice et vengeance ont été le fer de lance d'une opération secrète baptisée « Colère de Dieu » et décidée par la Première ministre israélienne Golda Meir. Dirigée par le Mossad, elle visait à éliminer tous les responsables de la prise d'otages de Munich. Des assassinats soigneusement ciblés, parmi lesquels des responsables de l'OLP, ont été orchestrés au terme d'une traque minutieuse et tenace, échelonnée sur vingt ans. Si elle s'est distinguée par des actions spectaculaires et audacieuses (à Beyrouth notamment), elle s'est aussi entachée d'une erreur tragique avec l'assassinat du jeune serveur marocain Ahmed Bouchikhi, tué de quatorze balles sous les yeux de sa femme enceinte et confondu avec le leader de l'organisation Septembre noir, Ali Hassan Salameh. L'opération a été momentanément arrêtée par la guerre de Kippour, puis a repris après 1974. Après des années de filature, Ali Hassan Salameh a finalement été assassiné en 1979, succombant à l’explosion d’une voiture piégée. L'opération est aujourd'hui officiellement close, et si aujourd'hui, Jamal al-Gashi et Mohamed al-Safady, deux des trois terroristes ayant participé à la tuerie des otages, semblent, selon certaines sources autorisées, toujours en vie et en liberté, c’est que le Mossad a préféré s’en prendre avant tout aux responsables des attentats de Munich plutôt qu'à ses bras armés.


1. https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/ils-l-ont-vecu/l-attaque-8931518

2. Cité par Éric Champel dans Les fantômes de Munich. Contre-enquête sur l'attentat des JO de 1972. Édition Solar, 2024. p . 91.


Documentaire : 

- JO 1972 la tragédie de Munich, de Sebastian Dehnhardt et Uli Weidenbach, 2006 (HDTV - 90mn - MKV).



Bonus  :


Radio : 

- Les JO de Munich pris en otage (FLAC - 57 mn - France Culture). Les évènements racontés et vécus par les témoins de l'époque, aussi bien par les athlètes que par les journalistes. 


- Mike Hariri, l'espion du Mossad qui vengea les athlètes assassinés aux JO de Munich (FLAC - 36 mn - France Inter). Portrait de Mike Hariri désigné pour mener à bien l'opération « Colère de Dieu ».

- L'opération Colère de Dieu ou la vengeance de Golda Meir (FLAC - 49 mn - France Inter).


- Septembre noir 1970 - La guerre fratricide (FLAC -  55 mn - France Inter).

Le commando Septembre noir est né des événement tragiques qui ont décimé l'OLP au cours du mois de septembre de l'année 1970. Petit rappel historique : suite à la guerre des Six Jours de 1967, près de 300 000 Palestiniens sont chassés de Cisjordanie et de la Bande de Gaza, et trouvent refuge en Jordanie. Certains réfugiés transformés en révolutionnaires prennent les armes et deviennent des fedayins. Mais leur présence sape et déstabilise l'autorité du roi Hussein de Jordanie qui, appuyé par les États-Unis, envoie ses chars pour détruire les bases militaires palestiniennes. Dix jours de combats et une guerre fratricide qui tourne au désastre pour les combattants palestiniens : plusieurs milliers de morts. Un mois de septembre noir pour Yasser Arafat et l'OLP, définitivement expulsés de Jordanie en 1971 et qui n'ont d'autres choix que de trouver refuge au Liban. 

- Septembre noir  (FLAC -  36 mn - France Inter).



 Livre et journaux : 

- Paris-Match n°1219 du 16 septembre 1972 (Extraits - PDF - 25 p). Traitement à chaud de l'événement par François Caviglioli.






- Paris-Match, chronique de notre temps. Année 1972 (Extraits - PDF - 10 p).







- Historia, février 2024 (Extraits - PDF - 3 p).





- Historia, mai 2008. Golda Meir pionnière de choc (Extraits - PDF - 3 p).




- Éric Champel. Les fantômes de Munich. Contre-enquête sur l'attentat des JO de 1972. Édition Solar, 2024 (Extraits - PDF - 13 p).




Dans un livre mettant au jour de nombreux documents déclassifiés, le journaliste Éric Champel ne manque pas de rappeler toutes les négligences qui ont conduit au drame. Ainsi, les alertes terroristes pendant cette année 1972 étaient nombreuses. Georg Sieber, psychologue de la police de Munich, avait pourtant établi un rapport accablant sur les risques d'attentats terroristes durant les JO et le service allemand de renseignement avait même flairé que des Palestiniens préparaient bien quelque chose durant ces Jeux. Mais le chef de la police de Munich, Manfred Schreiber, n’a pas pris la peine de prendre en considération les avertissements et les conclusions du rapport, portant ainsi une lourde responsabilité dans le déroulement et l’issue des événements. La préparation et l’organisation des Jeux se sont construites sur cette obsession, sur cet aveuglement politique lié à la volonté de faire de ces Jeux une fête joyeuse, insouciante, de favoriser délibérément une ambiance peace and love, au détriment des exigences et des impératifs sécuritaires. Dans ses mémoires Palestine : de Jérusalem à Munich, publiées en 1999, Abou Daoud, le cerveau des attentats de Munich, révèle comment, pour en repérer les lieux, il s'est facilement infiltré dans le village olympique avant même le début des Jeux. Et comment il réussit par la ruse à accéder aux appartements vides de la délégation israélienne ! 

Interviewé par Éric Champel, Georg Sieber laisse entendre que, contrairement à tout ce qui a été officiellement dit, Israël aurait bel et bien participé à l'assaut final, l'Allemagne fournissant les hommes et le matériel en laissant Israël aux commandes. Zvi Zamir, chef du Mossad, qui était bien présent à l'aéroport de Fürstenberg pendant l’assaut final, l'a toujours réfuté. Il n’a été qu’un observateur. Rien de plus. Personnellement, j’ai du mal à croire que le Mossad, aguerri aux missions spéciales, soit directement impliqué en faisant preuve d’autant d’impréparation. Certains otages israéliens ont même été tués sous le feu des balles allemandes. Il faudra sans doute attendre la déclassification des archives (prévue pour 2032) pour démêler les nœuds des responsabilités dans l'imbroglio des événements. Qu'on apporte, enfin, des réponses claires aux familles des victimes. En attendant, le sort des trois terroristes, capturés pendant la fusillade finale, a fait, lui aussi, couler beaucoup d’encre. L'absence de procès et leur libération, en octobre 1972, suite au détournement d'un avion de la Lufthansa par des terroristes palestiniens, laissent planer, plus que des spéculations, une ombre maléfique sur la façon dont a été négociée leur libération. Par intérêt et pragmatisme, l’Allemagne aurait signé un pacte avec le diable, autorisant la libération des terroristes responsables du massacre de Munich contre l'assurance et la promesse de ne plus être victime d'attentat palestinien sur son sol. 






Vidéo : 


- Un jour en septembre (Remux DVD - 90 mn - MKV) Kevin Macdonald 1999.





La voix de Michael Douglas donne encore plus de corps à la gravité des événements. Le réalisateur Kevin Macdonald mène l'enquête et revient sur le fil de cette journée noire, avec un énorme travail d'archives entrepris. La virtuosité du montage fait la force de ce documentaire aux images parfois crues. Les photographies ensanglantées des athlètes israéliens morts peuvent heurter. Le témoignage émouvant de Ankie Spitzer, veuve de l'entraîneur d'escrime André Spitzer, mort assassiné dans les attentats de Munich, sert de fil conducteur à un récit qui met peu à peu au jour le fiasco des autorités allemandes dans la gestion de la crise. Kevin Macdonald donne la parole à tous les acteurs du drame. Parmi les nombreux témoignages, celui de Jamal al-Gashi, survivant du commando palestinien Septembre noir, détonne singulièrement. Jamal al-Gashi qui n'aura de cesse d'affirmer haut et fort la fierté d'avoir tué des otages juifs pour faire entendre la cause palestinienne.

À noter que pour Kevin Macdonald, il ne fait aucun doute que Jamal al-Gashi est l'unique survivant du commando palestinien, alors que pour le journaliste Éric Champel, qui mentionne certaines sources dans son livre Les fantômes de Munich. Contre-enquête sur l'attentat des JO de 1972,  Mohamed al-Safady, qui a participé à la tuerie des otages, semble lui aussi toujours en vie et en liberté.



- Israël-Palestine, l'impossible coexistence ? (3 X 50 mn - HDTV) Réalisé et écrit par Dan Setton et Charles Enderlin, 2024.  

Un documentaire qui embrasse près de 80 ans de conflits entre ces deux peuples dont le destin semble aspirer dans une spirale sans fin de haine et de violence. 


- Une terre deux fois promise Israël-Palestine 1897-1967 (2 x 53 mn - MKV) Réalisé par William Karel et Blanche Finger, 2017.


- Munich 72 réalisé par Joey Boink, 2019. ( 44 mn - MKV - Web Dl)

- Une Histoire du terrorisme de Michaël Prazan, 2012. 1.Les années de libération (1945-70) 2. Les années de poudre (1970-1989) 3.Les années Jihad (1989-2011) HDTV - MKV.

Un doc qui n’invite guère à l’optimisme… Michaël Prazan dresse un tableau noir et assez effrayant du terrorisme depuis 1945 jusqu’à la chute de Ben Laden. Il nous expose son histoire et son évolution, ainsi que les multiples sources d’inspiration à partir desquelles il s’est développé. Car ce sont bien des intellectuels qui sont à la racine des mouvances terroristes. Ainsi, Frantz Fanon, qui préconise et légitime l'usage de la violence comme une arme politique dans la libération des peuples opprimés, devient un modèle, une icône pour les pays africains en voie de décolonisation (en Algérie notamment). De même, les écrits de Sayyid Qutb, principal idéologue des Frères musulmans dont le but ultime est d’imposer l'islam et la charia à la terre entière, ont sans aucun doute influencé Ben Laden. Aujourd'hui, la vision radicalisée et guerrière de l'islam prônée par Sayyid Qutb inspire les fondamentalistes islamiques.

Mais je trouve que le plus effrayant est la dernière séquence du documentaire. Une interview de Mahmoud al-Zahar, chef spirituel du Hamas, qui se plaint et ne comprend pas pourquoi l'Occident refuse à l'Iran la possibilité de détenir l'arme atomique. Pourquoi l'offrir à Israël, mais pas à l'Iran ? Pourquoi ce deux poids deux mesures ?

Ce à quoi le journaliste qui fait l'interview saisit la balle au bond et lui fait cette réponse directe, cinglante et lucide :

« Je vais vous dire pourquoi. C'est parce que nous pensons que si vous aviez la bombe, vous l'utiliseriez. »

Mahmoud al-Zahar qui n’entend manifestement rien aux subtilités de la dissuasion nucléaire a alors cette réponse qui sonne comme un ultimatum et une menace à peine voilée.

« Une arme, est-ce que ça sert à faire des photos ou à se battre contre un ennemi ? »

Nul doute que si l'Iran, dont les dirigeants veulent l'anéantissement d’Israël, possédait des têtes nucléaires, elle ne se priverait pas d'en faire usage...


- Au nom du Temple,  Charles Enderlin 2013. 65 mn


Un documentaire éloquent de Charles Enderlin qui montre comment la guerre opposant les Israéliens aux Palestiniens est une guerre essentiellement, fondamentalement, religieuse. Ce n'est pas une simple guerre de territoire, mais une guerre de religion se manifestant dans l'appropriation des lieux saints (à Hébron où se trouve le Tombeau des Patriarches et à Jérusalem le Mont du Temple, premier lieu saint du judaïsme) et dans la primauté et la légitimité à vouloir occuper ces lieux originels et sacrés. Ainsi, en Cisjordanie, les colons israéliens qui s'y sont implantés se sentent investis d'une mission messianique et sont animés par le désir de vivre sur la terre de leurs ancêtres. De même, à Jérusalem, certains sionistes religieux  se donnent pour ambition de reconstruire le Temple de Jérusalem sur l'Esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l'islam... 

Alors, la paix que beaucoup souhaitent entre ces deux peuples, semble presque illusoire, tant les extrémismes religieux, de part et d'autre, suscitent des confrontations en cascades et empêchent, in fine, toute solution politique. 



Films à voir : 


- En 2005, Steven Spielberg s'est emparé du massacre de Munich pour en faire un film ambitieux et personnel. Munich ne revient pas seulement sur les évènements tragiques de la prise d'otages, mais aussi sur la longue traque des responsables des attentats mise en œuvre par le Mossad. Œuvre d'espionnage, elle n'en révèle pas moins la profonde césure entre Israéliens et Palestiniens. Dans une scène sidérante mettant face à face les agents du Mossad à des terroristes palestiniens, sans que ces derniers ne se doutent un instant à qui ils ont affaire, s'amorce un dialogue surréaliste où éclate avec une force inébranlable la tragique évidence que ces deux peuples sont par leur histoire, irréconciliables et inaptes à vivre ensemble. La force des antagonismes religieux, comme des marqueurs indéboulonnables, délimite l'étendue du gouffre qui les sépare et empêche toute coexistence pacifique.  Á tous ceux qui reprochent à Steven Spielberg de prendre des libertés avec les faits, je rappelle à bon escient qu'un cinéaste n'est pas un historien (et heureusement !), mais un artiste qui s'approprie la réalité, la déforme selon sa sensibilité. Je préfère mille fois une histoire en partie basée sur des faits historiques à une reconstitution fidèle, fade et sans âme de ces mêmes faits historiques. 


- 5 Septembre de Tim Fehlbaum, 2025

Efficace dans sa réalisation, le film de Tim Fehlbaum est un huis clos original qui aborde le massacre de Munich sous l'angle médiatique. J’ai particulièrement apprécié le soin accordé à la reconstitution des technologies audiovisuelles et du matériel technique utilisés à cette époque (voir l'énorme caméra si difficile à déplacer utilisée pour filmer). Le film propose aussi une réflexion de fond sur l'éthique journalistique en posant LA question essentielle : que faut-il filmer dans la retransmission d'un événement qui peut à tout moment basculer dramatiquement ? Ou, plus précisément, jusqu'où peut-on filmer ? Inévitablement, la question s’est posée aux dirigeants d’ABC Sports, puisque le commando menaçait d'exécuter les otages en direct si ses revendications n'étaient pas satisfaites. Étaient-ils moralement prêts à prendre ce risque, celui de filmer l'exécution des otages alors que les familles des athlètes suivaient elles aussi les évènements à la TV ? À mon sens, c’est la scène centrale du film. Quel est le récit que l'on veut médiatiquement donner des évènements ? Quelle est l'éthique à adopter devant ces événements incontrôlables ? Choisir la surenchère dans le spectacle sans aucune limite, rien que pour la course à l’audimat, avec le risque de filmer une exécution et de tomber dans le jeu des terroristes qui ont besoin des médias pour exister ? Ou alors raconter une autre histoire, celle des otages dont la vie est en jeu ? C’est cette dialectique entre les images qu’on veut diffuser et l'événement lui-même qui est au cœur du scénario.


Liens : 


Documentaire : 

https://1fichier.com/?aty83qtjod639rujl83t


Bonus :

https://1fichier.com/?usmy2cg4t513hujf7ers

Kermite.



vendredi 23 août 2024

Zapping Canal + VHSRip






Vingt-six ans déjà… C'est déjà loin, et quand je revois ces images, des souvenirs ressurgissent, inévitablement. Car 1998, c'est évidemment l'année de la Coupe du monde de football. La société française en liesse découvre l'ivresse de la victoire.
Nous voilà donc plongés en cette année 1998, avec les enjeux et les polémiques de l'époque. L’affaire Virengue, la cohabitation Chirac/Jospin, l’affaire Monica Lewinsky, le procès Maurice Papon...
Je retiendrai deux moments particulièrement saisissants parmi le flot d'images : la gouaille provocante de Jean-Pierre Mocky, qui propose un plan cul à la très prude Christine Boutin sur un plateau TV (en présence de l'intéressée !), et le témoignage édifiant de cet inspecteur de police d'Abidjan, qui nous explique le plus calmement et le plus sérieusement du monde que le tabassage fait partie des méthodes classiques employées par la police pour interroger les suspects et leur extorquer des aveux. Une violence légitime et nécessaire, parce que la Côte d'Ivoire ne dispose ni du savoir-faire ni des moyens techniques et scientifiques des Européens permettant de confondre les accusés ! 

C'est un zapping éclectique, piloté par l’éternel Philippe Vandel et décliné à travers différentes thématiques : sport, jeux, information… Certains visages ont depuis, hélas, disparu, alors que d’autres, encore bien vivants, ont rajeuni de presque trente ans. Choc assuré.

Enregistrement d’époque sur VHS, numérisé par mes soins.

Kermite.

Lien : 

https://1fichier.com/?bz28bb1i77u9wzvlaw3

16,5 Go (1920x1080), qualité VHS.

vendredi 2 août 2024

Titanic 1943 - Herbert Selpin, Werner Klinger VOSTFR

Qu'y a-t-il dans ce navire qui saisit l'imagination et ne veut pas lâcher prise ?Parce que c'est l'épave qui fait pâlir toutes les autres. C'est le trésor le plus légendaire, et pourtant le plus insaisissable, de l'histoire contemporaine. Une simple photo du navire suffit à faire battre le cœur plus vite. Connaître son histoire, l'équipage qui le manœuvrait, les gens qui ont arpenté ses ponts durant quelques jours de son existence, c'est cela qui enflamme l'imagination. Le Titanic, ce sont les immenses archives d'une époque que nous ne reverrons jamais. »



 


 

 

 

 

Le plus célèbre drame maritime a toujours enflammé les imaginations, nourri fantasmes et légendes, et suscité les rumeurs les plus folles. Alors que l'épave gisant à près de 4000 mètres de fond est vouée à disparaître inexorablement, rongée peu à peu par les cyanobactéries, le mythe perdure par-delà les siècles et son emprise semble aujourd'hui plus forte que jamais. Comment expliquer que tant de drames maritimes sont tombés dans l'oubli et que celui du Titanic est resté dans la mémoire collective ? La force symbolique du mythe a sans doute décuplé nos peurs et nos angoisses collectives et  cristallisé, avec une acuité démesurée, notre rapport à la mort. Cette survivance du mythe a quelque chose de sacré. Comme l'écrit Gérard A. Jaeger  dans Il était une fois le Titanic, elle a suscité « la naissance d'un culte » ¹ du fait qu'elle est moulée dans « une admiration rituelle » et entretenue par « une reconnaissance mémorielle » Le Titanic est tombé dans une sacralité intemporelle, renvoyant le mythe à ses origines olympiennes. Car le mastodonte des mers, en entrant dans la famille des Titans, fut soudain paré d'une aura mythologique. Pour les superstitieux, un baptême malheureux semble prédestiner le paquebot à la catastrophe. Son nom faisait planer une ombre maléfique sur le présumé insubmersible, en lui présageant le même sort, le même destin funeste que celui des Titans. Pour d'autres, ce fut une tragédie fomentée par l'orgueil des hommes dans leur entreprise titanesque à vouloir maîtriser la puissance des éléments naturels, à se rendre techniquement maître d'une Nature sauvage et indomptable. Pour David Brunat, auteur d'un brillant Titanic - Mythe moderne et parabole pour notre temps, le naufrage du Titanic incarne justement « l'avertissement le plus solennel contre les égarements de la confiance illimitée de l'homme dans l'homme et dans ses œuvres, il résume dans un curieux précipité de tôle et d'eau salée les promesses déçues et les écueils insurmontables du règne de la technique. ». ² Mais au-delà des superstitions et des explications de toutes sortes auxquelles a donné lieu la tragédie, le Titanic  fut peut-être, simplement et avant tout, victime de la fatalité.

L'histoire du Titanic a évidemment été, tout au long du 20e siècle, une source d'inspiration pour le cinéma. Les derniers cadavres flottant sur l'océan Atlantique sont à peine repêchés, que sort déjà dans les salles aux États-Unis, un mois seulement après le naufrage, le 14 mai 1912, Saved from The Titanic. Première tentative cinématographique pour faire revivre le naufrage du Titanic. 

Le producteur Jules Brulatour, qui n'avait aucun scrupule pour envisager une exploitation commerciale de la tragédie, profite du battage médiatique autour de la catastrophe et de l'impact émotionnel que le drame suscite dans l'opinion publique, pour financer et mettre sur pied ce petit film de 10 minutes, dont malheureusement toutes les copies ont disparu dans l'incendie des studios Eclair. Et pour donner plus de crédits au scénario, rien de tel que de faire jouer une survivante du drame, qui plus est, actrice de son métier ! La star du muet, Dorothy Gibson, avec laquelle il entretenait en secret une liaison amoureuse, était en effet elle-même à bord du Titanic, pour son voyage inaugural ! Ayant survécu au naufrage, elle était donc un témoin direct du drame et sa présence assurait au film un gage d'authenticité. Le film joue sur cette ambivalence pour attiser la curiosité du public. L'affiche du film est plutôt explicite, car Dorothy Gibson y est présentée au premier plan et semble être autant l'héroïne d'une fiction que l'unique rescapée de cette effroyable tragédie. Elle avouera avoir été traumatisée par les appels déchirants des derniers survivants tentant désespérément de survivre dans les eaux froides, en essayant de rejoindre, dans un ultime effort, les canots de sauvetage à la nage. Cette vision glaçante hantera pour longtemps les rescapés, qui se souviendront toute leur vie de cette clameur insoutenable, faite des cris et gémissements des malheureux qui auront péri en mer. ³

Réalisé par Étienne Arnaud, le film connut un vif succès dans les salles. Il faut dire que les journaux de l'époque avaient largement couvert l'évènement pour en faire ses choux gras. Elle s'est emparée du drame dans un déchaînement des passions et avec une voracité peu commune jusqu'alors. Le retentissement mondial de la catastrophe avait ouvert l'appétit d'une presse avide de sensations. Féroce dans ses accusations et ne manquant pas de se faire l'écho d'une opinion publique bouleversée par l'horreur du drame, elle ne s'est pas fait prier pour alpaguer et nommer les coupables. C'est ainsi que Joseph Bruce Ismay, qui a eu le tort et l'affront de survivre, et sur lequel s'est abattue la vindicte populaire, a fait les frais de cette campagne médiatique à charge et calomnieuse. Pour beaucoup, il a été difficile d'accepter que cette tragédie soit le fruit de la fatalité. Il fallait bien trouver des boucs émissaires.   



En 1929, quand sort Atlantic, d'Ewald André Dupont, le cinéma entame la révolution du parlant. Le réalisateur britannique prend le parti de ne rien montrer de l'ultime et fatidique moment du drame. Le naufrage est ainsi vu à travers le prisme de la clameur déchirante qui a précédé l'engloutissement du paquebot dans les eaux glacées de l'Atlantique. Priorité est donnée aux effets sonores pour exprimer toute l'intensité de cette nuit d'horreur et mettre en valeur l'effroyable cacophonie de cris, de hurlements et de bruits qui ont suivi les derniers soubresauts du Titan. Une séquence aussi brève que glaçante. 
 
 



Quelques années plus tard, sous le IIIe Reich, le Titanic devient le symbole suprême de la décadence du capitalisme. C'est la course aux profits qui est ici la cause du drame. Bruce Ismay, président de la White Star Line, est présenté comme un patron obnubilé par l'appât du gain, au mépris de la sécurité des passagers. Voilà un film anglophobe et anticapitaliste, dont les intentions sont tellement grossières et évidentes, qu'on peut réellement douter de leur efficacité sur le public. Joseph Goebbels a pourtant voulu frapper fort en finançant une superproduction à coup de millions de reichsmarks. Son ambition était de réaliser un divertissement de haut vol dans l'espoir de rivaliser avec les meilleures productions hollywoodiennes. Si, comme l'écrit Cyril Neyrat dans l'Arche et le Titanic, ⁴ « [t]out film-catastrophe fait la démonstration et la promotion de la puissance de l'industrie cinématographique », on mesure combien ce projet devait tenir à cœur à Goebbels.

 

Des effets spéciaux réalistes au service d'une superproduction ambitieuse.

 

Concevant le cinéma comme une arme idéologique capable de façonner l'opinion publique, le Ministre de la Propagande envisage alors un film catastrophe moulé dans un discours idéologique des plus simplistes. Son intention est de s'inspirer de la véritable histoire du Titanic en falsifiant sciemment la réalité des faits et en nommant expressément les coupables : Bruce Ismay et l'idéologie capitaliste qu'il véhicule deviennent les seuls véritables responsables du naufrage. Dans le seul dessin de capitaliser de fructueux bénéfices, le patron de la White Star Line aurait ainsi cédé aux sirènes de la spéculation boursière en ordonnant au capitaine une navigation bien trop rapide et dangereuse, pour ne pas dire suicidaire, parmi les nombreux icebergs repérés, circulant dans les eaux de l'Atlantique. Évidemment, le premier officier, Petersen, un Allemand à la conduite héroïque, percevra les signes avant-coureurs du drame et déploiera toute son énergie pour empêcher qu'il ne se produise... Le message envoyé par Goebbels était de faire comprendre au public que le national-socialisme, au rebours du modèle capitaliste, forge une société plus soucieuse de la valeur humaine de ses sujets.  

L'héroïsme, valeur refuge du film-catastrophe.
                                    


Alors que la bataille d'Angleterre fait rage et que la perspective d'une invasion en terre britannique était à l'étude en 1940, il faut bien évidemment infuser à la population allemande un sentiment antibritannique, qui justifierait cette occupation. En présentant la Perfide Albion et l'establishment anglais comme une société cupide, soumise à la corruption et obsédée par l'appât du gain, Goebbels a fait du Titanic un film foncièrement anglophobe. Mais les ficelles sont tellement grosses, qu'en définitive, Titanic est une œuvre de propagande ratée. On peut dire que, sur ce coup-là, Goebbels s'est bien planté. Filmer un naufrage en temps de guerre, voilà déjà une entreprise plutôt périlleuse, la symbolique du naufrage étant porteuse d'un message intrinsèquement défaitiste. Le risque est de voir la conduite de la guerre assimilée au naufrage du Titanic lui-même ! Sans doute pas la meilleure façon de remonter le moral de la population allemande ! La symbolique du naufrage peut effectivement laisser penser que l'Allemagne est elle-même un navire en perdition et sombre, tel le Titanic, dans une tragédie inéluctable. Bruce Ismay, patron de l'emblématique transatlantique, jugé responsable du désastre qui s'annonce, peut alors se comparer à Hitler, lui-même incapable de mettre un terme à la guerre et au chaos, et précipitant l'Allemagne vers des abîmes sans fond. 

 

Scène de panique collective et d'hystérie, prémices du chaos général.
 

Quand la panique gagne les passagers et que le commandant Smith lance à l'équipage : « Maintenant, c'est chacun pour soi », ces paroles peuvent même s'entendre comme l'écho d'une société allemande en pleine déliquescence, désagrégée par le chaos de la guerre.

 

Au-delà du naufrage, c'est toute l'Allemagne qui semble en déroute et lutte désespérément pour sa survie.

 

Certains historiens, tel Jared Poley, n'ont pas hésité à prêter à Herbert Selpin ces intentions cachées, et à proposer cette lecture métaphorique du film, qui en ferait une critique à peine voilée du régime nazi. Ce qui expliquerait, en partie, pourquoi le film n'est pas sorti en Allemagne pendant la Guerre. Il est vrai, aussi, que le contexte historique a bien évolué depuis 1940. En 1943, la Wehrmacht a perdu de sa superbe, et le spectre de la défaite pointe déjà le bout de son nez. 

Pour réaliser cette œuvre titanesque, le réalisateur Herbert Selpin, alors au sommet de sa carrière, est engagé aux côtés de son ami scénariste Walter Zerlett-Olfenius. Le Cap Arcona, paquebot de luxe mouillant dans le port de Gotenhafen pour le transport de troupes, sert de décor pour le Titanic. Mais pour les scènes du naufrage final, une reproduction de 6 mètres de long du célèbre paquebot est spécialement construite aux abords du lac de Scharmützel, au fond duquel la maquette doit aujourd'hui reposer. À Gotenhafen, le tournage se passe mal, les conditions météo sont mauvaises, le bruit continu du trafic maritime gêne considérablement le travail de l'équipe, et les actrices Sybille Schmitz et Monika Burg se font plus remarquer pour leurs sorties avec des officiers de la Kriegsmarine que pour leur rigueur professionnelle. C'en est trop pour Herbert Selpin qui, au cours d'un dîner arrosé avec l'équipe de production au début du mois de mai 1942, pique une colère lourde de conséquences. Il s'en prend aux conditions de tournage exécrables, dénonce les rapports tendus entre les comédiens et les officiers de la Kriegsmarine présents sur le Cap Arcona, et finit par jeter des propos injurieux et défaitistes contre l’armée allemande à la face de son scénariste et ami Walter Zerlett-Olphenius. Celui-ci, décoré de la croix de fer, prend la diatribe de Selpin comme une insulte personnelle et se rend fissa à Berlin pour rapporter les propos calomnieux du cinéaste. Un bel exemple de dénonciation, comme il en a beaucoup existé en Allemagne. Dans le collimateur de la Gestapo, Herbert Selpin voit l’étau peu à peu se resserrer. Ses jours semblent comptés. Convoqué et interrogé une dernière fois par Goebbels dans les bureaux de la WilhelmStrasse, le 31 juillet 1942, à Berlin, Herbert Selpin a pourtant l'occasion de sauver sa peau en revenant sur ses propos et en se rétractant. Mais il n'en fit rien. En défiant sciemment l'autorité de Goebbels, Herbert Selpin signe son arrêt de mort. Le réalisateur est retrouvé pendu par ses bretelles dans sa cellule, le 1ᵉʳ août 1942. Une mort qui laisse planer un sérieux doute sur son suicide.

Walter Zerlett-Olfenius, offensé dans son honneur, a sans doute agi par vengeance personnelle en voulant la peau de son ami Herbert Selpin. Le directeur artistique Fritz Maurischat, qui voulait intercéder en faveur de Selpin et contraindre Walter Zerlett-Olfenius à revenir sur sa position, s'est vu répondre par ce dernier qu'il creuserait lui-même la tombe de Selpin…

 

Le naufrage final dans sa tragique splendeur.

Werner Klinger prit la relève et termina le film en octobre 1942. Une première a lieu en septembre 1943 à Prague, et le film sort en novembre 1943 à Paris. Mais pas en Allemagne, car pour elle, déjà, le vent a tourné et les débâcles militaires semblent bien préfigurer le naufrage final qui l'attend... Le film ne sera donc pas distribué pendant la guerre en Allemagne et ne sera projeté qu'en 1949 en RFA, et en 1950 en RDA, où il remportera, pour d'évidentes raisons idéologiques, un certain succès. 





PS : Le remux a été réalisé à partir du Blu-ray, sorti chez Kino Lorber en 2017, en VO uniquement. Ayant déjà enregistré le film sur Arte, j'ai récupéré les sous-titres français, pour les intégrer au remux en les synchronisant.


1. Gérard A. Jaeger, Il était une fois le Titanic. Éditions de l'Archipel. 2012. p. 289-291.

2. David Brunat, Titanic - Mythe moderne et parabole pour notre temps. Éditions Les Belles Lettres. 2013. p. 41.

3. Parmi le récit des survivants, celui du colonel Archibald Gracie est édifiant. Dans Rescapé du Titanic, il écrit avoir perçu « les sons les plus horribles jamais donnés d'entendre à un mortel. Les cris d'agonie poussés par plus d'un millier de gorges, les lamentations et les râles de douleur, les hurlements de terreur et les suffocations de ceux qui se noyaient sont quelque chose dont les survivants se souviendront jusqu'à leur dernière heure. » p. 69. Dans Le Naufrage du Titanic, écrit presque 30 ans après le drame, John B. Thayer comparait cette clameur à un crissement d'insectes par une nuit d'été. Irréelle et terrifiante, cette vision a, pour sûr, bouleversé la plupart des survivants qui ont revécu ce drame toute leur vie. 

4. L'arche et le Titanic. Films-catastrophe et cinéma du désastre, publié dans la revue Critique, n°783-784 - août-septembre 2012. p. 743.


Bonus  :


Vidéos : 


- Nazi Titanic : incroyable propagande. (HDTV - 86 mn - TS)


Documentaire réalisé par Oscar Chan, Titanic nazi montre à quel point le contexte historique de la Seconde Guerre mondiale a structuré la genèse de l'un des plus célèbres films réalisés sous l'ère nazie. Il met parfaitement en lumière des conditions de tournage chaotiques et revient longuement sur le sort tragique de son réalisateur, Herbert Selpin, qui fut arrêté après avoir violemment critiqué l'armée, emprisonné et retrouvé pendu le lendemain de son arrestation, dans sa cellule.

- Le Titanic nazi par Antoine Resche (41mn - MP4).

- Retour sur le Titanic par Antoine Resche (3h30 mn - MP4).

- Une Histoire du Cinéma - Épisode III - La parenthèse nazie  (40 mn - MP4). Passionné par le mythe du Titanic, Matthieu Blomme décortique  la propagande orchestrée par Goebbels dans la conception et la réalisation de film.

- Actualités (10 mn - Cartons en Anglais - MKV).

- À bord de l'Olympique (16 mn- cartons en Anglais - MKV).

- La Hantise, (1914) de Louis Feuillade. Une curiosité qui fait la part belle au mélodrame et dénonce les méfaits de la chiromancie, avec le drame du Titanic en toile de fond. Néanmoins, l'indigence des moyens financiers offre, cinématographiquement parlant, une image piteuse, risible et ridicule du naufrage lui-même ! (MKV - 24 mn)



Radio : 


- Jack-Thayer, 17 ans, rescapé du Titanic (MP3 - 39 mn). Le talent de Christophe Hondelatte fait revivre le destin du jeune Jack Thayer qui était à bord du Titanic, le 12 avril 1912. Ayant miraculeusement survécu au drame, il publie, en 1940, le récit du naufrage, tel qu'il l'a vécu.

- Il y a 110 ans, le naufrage du Titanic ( France Inter - FLAC - 49 mn).  

Dans le cadre d'une série radiophonique, André Dussollier  raconte, à travers la figure de son commandant, Edward J. Smith, l'histoire du Titanic, depuis sa construction dans les ateliers de Belfast, jusqu'au tragique voyage inaugural. 

- Le Titanic avec David Brunat (France Inter - FLAC - 31 mn). 

David Brunat évoque à travers son livre, Titanic - Mythe moderne et parabole pour notre temps, la dimension mythologique que le drame du Titanic a fini par enfanter. Il montre combien le mythe du Titanic est ancré dans notre inconscient collectif et continue, aujourd'hui encore, de susciter une ardente et profonde émotion. Une réflexion brillante sur la force symbolique du mythe. 

- Traverser l'Atlantique à bord des Titans des mers (France Culture - 59 mn - FLAC). Antoine Resch et Marie-Anne Du Boullay nous font revivre la splendeur de ces monstres d'acier, palaces flottants et microcosmes d'une société en pleine mutation. 


- Titanic : à la recherche de l'Étoile Blanche (France Inter - 55 mn -  FLAC). 

Le récit de l'expédition Étoile Blanche qui permit la découverte, en 1985, de l'épave du Titanic. C'est l'occasion d'entendre le regretté Paul-Henri Nargeolet qui manifeste son enthousiasme devant l'épave retrouvée, mais aussi sa profonde émotion pour ce géant d'acier, vestige du passé, transformé en cimetière marin. Il confie notamment son appréhension de retrouver, près de 70 ans après la catastrophe, des restes humains (France Inter - 55 mn -  FLAC).


- Titanic témoignages des survivants (CD -  44 mn - FLAC) + Livret (PDF - 20p).




- Revues, livres et journaux :


- Un dossier plutôt bien fourni sur le Titanic, extrait de la revue Historia n°782, 2012 (PDF - 24p).

- Extrait de la revue maritime Cols Bleus n°2433, 1998. Le récit de la catastrophe par Philippe Masson (PDF - 5p).

- Extrait de la revue maritime Cols Bleus n°2076, 1990. Les souvenirs du Titanic refont surface (PDF - 2 p).

- L'Histoire du cinéma nazi, de Francis Courtade et Pierre Cadars (Extraits - PDF - 3 p).

- Le Titanic nazi (PDF - 10 p). Antoine Resche remet le film d'Herbert Selpin et de Werner Klinger dans son contexte historique en soulignant les conditions chaotiques du tournage. 

- Le dernier camp de la mort. La tragédie du Cap Arcona. 3 Mai 1945. Éditions Tallandier.2017. Pierre Vallaud et Mathilde Aycard (PDF - 2 p).

- L'illustration du 20 avril 1912 (PDF - 5 p).

- L'illustration du 27 avril 1912 (PDF- 4 p).

 

 

 

 

- Ciné mondial n°115 (PDF - 1 p).

- Un recueil des critiques du film écrites dans les journaux d'époque (PDF - 11p).


Sans une série d'articles, publiés sur son blog, Antoine Resche revient sur le drame du Titanic en tant qu'historien. Il insiste notamment sur la fragilité et la fiabilité des témoignages, et tord le cou aux idées reçues qui ont longtemps prédominé autour du naufrage.  


- Ce que le Titanic m'a appris sur l'histoire (PDF - 20 p).

- Le Titanic n'a pas coulé et autres complots (PDF - 11 p).

- Le Titanic et ses rivets moisis (PDF - 6 p).


Quelques articles sur la tragédie du Titanic qui ont fait la une des journaux de l'époque : 

- La Presse du 17 avril 1912 (jpge).

- Le Petit journal du 17 avril 1912 (PDF - 2 p).

- L'Impartial du 19 avril 1912 (PDF - 1 p).
 
- Le Petit Journal - Supplément illustré du 28 avril 1912 (PDF - 1 p).




                      
Cette affiche est doublement fausse, parce qu'elle donne l'impression que le Titanic naviguait à (trop) vive allure, ce qui n'était pas le cas, et qu'il heurta l'iceberg de plein fouet, alors qu'il le racla par tribord.


 

 

- La Disparition du SS Titanic. Lawrence Beesley. Traduit et commenté par Antoine Resche (PDF - 213p). Un témoignage à chaud, rapporté et écrit juste après le drame. Un livre indispensable qui donne toute la mesure du drame.

- L'arche et le Titanic. Films-catastrophe et cinéma du désastre de Cyril Neyrat. Article publié dans la revue Critique n° 783-784 - août-septembre 2012 (PDF - 7p). Symbolique et puissance du film-catastrophe dans l'imaginaire culturel américain. Une réflexion sur le cinéma du désastre.




- Titanic, l'épopée écrite, de  René Moniot Beaumont. Édition La Découvrance, 2012 (Extraits - PDF - 18 p).

 
     



 
Les paquebots étaient souvent représentés de trois quarts pour illustrer 
leur grandeur symbolique et réelle. Effets de perspective garantis pour
 donner une idée de leur taille et mettre en valeur le prestige de la nation
 qui les a conçus !




 
 
 

Bibliographie sélective :


- Beesley (Lawrence), La perte du Titanic. Le témoignage d'un rescapé, traduction de Patrick Allen. Éditions Durand-Peyroles. 2012.
- Blommen (Matthieu), Le deuxième naufrage du Titanic. Éditions Librinova. 2023.
- Brewster (Hugh), Titanic. Des vies dorées. Le destin des passagers de première classe, traduit de l'anglais par Paul Benita. Jean-Claude Gawsewitch Éditeur. 2012.
- Brown (Franck), L'album Titanic du Révérend Père Browne. Les photographies et souvenirs personnels d'un passager. Traduit de l'anglais par Pierrick Roullet. Éditions Marcel-Didier Vrac. 1998.
- Brunat (David), Titanic. Mythe moderne et parabole pour notre temps. Éditions Les Belles Lettres. 2013.
- Conrad (Joseph), Le Naufrage du Titanic et autres écrits sur la mer. Traduit de l'anglais par Christophe Jaquet. Éditions Arléa, 2009.
- Eaton (John P.) et Haas (Charles A), Titanic. Destination Désastre. Traduit de l'anglais par Patrick Roullet. Éditions Marcel-Didier Vrac. 1997.  
- Gracie (Colonel Archibald), Rescapé du Titanic, suivi de Le naufrage du Titanic par John B. Thayer, traduit de l'américain par Viviane Mikhalkov. Éditions Ramsay, 1998.
- Jaeger (Gérard A.), Il était une fois le Titanic. Éditions de l'Archipel. 2012.
- Lynch (Don), Titanic. La Grande Histoire illustrée, traduction de Pierre Reyss. Éditions Glénat.1996.
- Masson (Philippe), Le Drame du Titanic. Éditions Tallandier, 1998.
- Moniot Beaumont (René) Titanic, l'épopée écrite. Éditions La Découvrance.2012.
- Walter (Lord), La nuit du Titanic. Traduit de l'anglais par Yves Rivière. Éditions l'Archipel, 1998.  



Liens : 

Film : 
 
 https://1fichier.com/?gi5frxhfmnx40qdlslsg


Bonus : 

Les deux archives sont à décompresser séparément.
 
 https://1fichier.com/?q5dlw4m3h4i3yefgav3g
 
 https://1fichier.com/?r8g4t05wkgerddjb0vc4